De Santarem à Macapa

Mardi 16 août 2016

santarém-brazil-9C’est très reposés que, peu avant 09h, nous reprenons le bus pour revenir à Santarem et chercher un bateau pour notre avant dernière et 6ème escale, Macapa, grande ville minière de 400 000 habitants située sur l’Atlantique et pile sur l’Équateur.

Le bus nous fait passer devant le cimetière d’un village où toutes les tombes sont propres et bien entretenues: un îlot de propreté au milieu des rues sales. Chose curieuse, certaines tombes sont surmontées d’un toit “tunnel” en tôle ondulée de zinc galvanisé ou en verre bleuté. On dirait des à abri-bus. Est ce pour le confort des défunts ou pour celui de leurs familles?

En arrivant à Santarem, nous nous rendons compte qu’il y a deux ports: un pour les gros bateaux et, sur plus de deux kilomètres, un autre pour une bonne centaine de plus petits bateaux qui doivent, je pense, n’embarquer des passagers que pour la journée.

Un taxi passe. Nous le hélons pour lui demander s’il y a un prochain départ de bateau vers Macapa. Il se renseigne au téléphone et nous informe que le “Francisco do Assis” part à 18h. Nous montons dans le taxi qui, 5 minutes plus tard, nous dépose devant le bateau.
Là encore, l’embarcadère se résume à une avancée de terre qui avance dans le fleuve. Une vingtaine de bateaux y sont beachés et là encore, une noria de portefaix, en courant et sous un cagnard, déchargent des camions pour charger les bateaux. C’est de la folie mais nous y sommes maintenant habitués.

Le “Francisco do Assis” est devant nous. Il ressemble aux bateaux empruntés précédemment  : court et très haut sur l’eau. Nous montons à bord en passant sur deux énormes madriers qui, plus tard, serviront à l’embarquement de deux camions de 18 tonnes.
Nous négocions à 500 Reals notre passage et, pour ce prix, avons droit à une des 4 cabines classiques disponibles  (murs en fer, porte en bois, 2 couchettes superposées, surface de  1,4m x 2,8m, climatisée mais sans toilettes privative). Attention spéciale de la préposée, la cabine a des boules anti-mites pour éloigner les cafards…
Nous choisissons une cabine au nord durant le voyage, la “Camarote 2” où nous déposons nos deux énormes sacs à dos et nos deux plus petits. Nous allons y passer 36 heures car le trajet est d’environ 700 km.

Il est déjà 13 heures et le soleil tape fort. Il fait environ 33/34 degrés.
Nous avons très soif et décidons de repartir à terre nous promener, nous
désaltérer et faire quelques emplettes de nourriture pour le voyage car nous savons que les repas ne seront pas copieux et plutôt mauvais.

Nos longeons donc le bord de mer qui n’est bordé que d’échoppes : des “ship chandlers” pour l’avitaillement des transports de passagers, des vendeurs de matériel de pêche, des grossistes en quincailleries diverses, deux ou trois oiseleurs ( perruches, petits perroquets), un pet-shop  où des cochons d’Inde, des chiots, dans des cages de 50×50 cm  crèvent sous la chaleur, des marchands de hamacs pour les touristes, des petits supermarchés …Santarem_Para_Brazil_StreetView_KeithRock_CC-BY

Nous déambulons en recherchant les minimarkets climatisés (rares) et l’ombre des autres. J’achète des semences de légumes locaux que j’offrirai à mon retour à Collias : des tomates brésiliennes, des piments, des courges…

Je craque pour un hamac et m’amuse à marchander le prix. Le prix passe de 130 à 80 Reals (25 euros). En partant, le marchand a le sourire, moi aussi.
Nous rentrons heureux de nos achats. Ce bonheur est de courte durée ; notre bateau est parti sans nous…

C’est un grand moment de désespoir. Je m’imagine déjà devoir prendre l’avion mais mon passeport est resté à bord.
Renseignements pris, le Francisco est parti à l’autre port charger deux énormes camions. Il reviendra dans deux heures. Ouf, ouf et ouf.
C’est un truc de ouf, comme diraient mes enfants.

Nous nous retrouvons donc sur le quai, trempés de sueur et avec nos sacs en plastique remplis de bouteilles d’eau (je vais boire près de 4 litres d’eau dans l’après midi) et de provisions. Nous traversons la rue et allons nous assoir sur un banc, à l’ombre, dans un petit jardin. Un énorme fou rire nous prend. Dans nos tenues sales et avec nos sacs en plastique, nous ressemblons à des SDF…
Avant hier, j’avais eu déjà cette impression quand j’avais dû fouiller, devant les locaux, dans la poubelle publique d’Alter do Chao pour rechercher la clé de la chambre d’hôtel égarée et susceptible de s’y trouver.
Si mes parents me voyaient, ils s’effondreraient.

Un gros iguane, de près de 90 cm de long, passe à un mètre de nous. Sa longue queue laisse, dans le sable, un sillon caractéristique. Comme un écureuil, il grimpe avec agilité dans un gros arbre proche. Deux routards brésiliens nous invitent à les rejoindre autour d’une table quand l’iguane tombe brutalement d’une hauteur de 4 m, rebondit sur un poteau en fer et atterrit groggy sur le sol, à quelques centimètres de nous. Après quelques  secondes, Il remonte dans l’arbre. On le voit en grande discussion avec un congénère. Mâle ou femelle?, nous ne le saurons jamais.Iguane

Nous attendons le retour de notre bateau et  remontons à bord dès son arrivée pour nous avachir dans nos hamacs que nous avions déjà accrochés. Quand nous l’avons fait, il était environ midi. Étant les premiers sur le pont supérieur, nous avions choisi les meilleures places : loin du bruit du bar, dans l’axe du bateau et le plus près possible de la cloison avant pour ne pas être dérangés.
Il y a maintenant, à 15h30, une dizaine de hamacs qui nous entourent. Leur nombre, nous le verrons,  ne va qu’augmenter.

De petits vendeurs  ambulants montent à bord proposer des téléphones récents neufs (volés?), du petit matériel informatique (prises…) des chargeurs de batteries…
Nous allons passer 36 heures à bord et avons payé, chacun, 250 Reals (environ 75 euros) pour 2 nuits à bord dans une cabine privée, 2 dîners, 2 petits déjeuner et un repas de midi.

Des bruits de cloche nous sortent de notre torpeur.
Des ouvriers tapent comme des sourds sur une énorme hélice en bronze posée sur le pont du bateau voisin. Cherchent-ils à redresser une pale? Quelle n’est pas ma stupéfaction quand je vois ces ouvriers se transformer en plongeurs et, sous l’eau et à l’aide de palans, repositionner cette hélice qui doit bien peser 400 kilos.

A 18h, notre bateau appareille comme prévu.
Pendant notre seconde escapade à terre, il s’est encore rempli de passagers. Nous devons être maintenant environ 330, pas très loin des 350 autorisés. Il y a donc, à bord, le même nombre de hamacs qui sont répartis entre les 3 ponts.
Sur le nôtre, le pont supérieur, j’en dénombre 65 sur un espace de 70/72 m2. Le maximum autorisé est de 84.
Les hamacs sont tous parallèles et répartis, sur notre bateau, en rangées de 3 hamacs.
Le second hamac est dans le prolongement du premier ; le troisième, très légèrement décalé, est accroché entre le milieu du premier et le milieu du second. La longueur de l’aire des hamacs mesure environ 9 mètres. Sur cette longueur, il n’y a, aujourd’hui, que 22 rangées de 3 hamacs ; il y a donc 40 cm entre celles ci et l’on peut presque dormir sans toucher son voisin.
Le nombre maximal de 84 hamacs est atteint quand il y a 28 rangées, ce qui se produit quand les rangées sont espacées de 33 cm. On dort alors quasiment dans le hamac du voisin (ou de la voisine, si on a de la chance…).IMG_1078-1
Derriere l’aire des hamacs,  une console avec trois lavabos permet de se laver les mains ou les dents.
Un peu plus loin et sur le même pont, quatre douches/WC/ lavabos entourent le bar.

L’appareillage nous permet d’observer, à nouveau, le phénomème de séparation des eaux si caractéristique du fleuve Amazone.
La moitié sud de la largeur du fleuve est marron : c’est l’Amazone ; la moitié nord est bleu marine : c’est le Río Negro qui se jette dans l’Amazone à la hauteur de Santarem.manaus-rio-negro-meeting-amazonas

Notre bateau est très court (30 m) et haut sur l’eau (4 ponts soit environ 13/14 mètres ). Son tirant d’eau est faible (environ 1 mètre, peut être moins). C’est une caisse en bois, plutôt haute, très peu enfoncée dans l’eau. Le vent s’est levé et est de face. Quand je sors de la cabine, j’ai l’impression de passer dans un gigantesque séchoir à cheveux tant il fait chaud (environ 33 degrés à 19h).
La mer s’est aussi levée et le bateau tape dans la vague. Les lignes d’arbres grincent ; le bruit est tel que, réflexe d’ancien sous-marinier, je peux le cadencer à l’oreille. Les lignes d’arbres tournent actuellement à 120 tours/minute. Un sous-marin doit pouvoir nous détecter à plus de 60 km. Pour un bâtiment de commerce, cette vitesse de rotation des hélices correspond à une vitesse de 12 noeuds ( environ 20 km/h).

Une heure après et avec des gestes malhabiles, un matelot prévient les cinq étrangers qui sont à bord que le service du dîner a commencé.
Nous nous rendons dans le lieu qui fait office de rampe de distribution. Cet endroit, étant sous le pont principal et au dessus des deux lignes d’arbres, est  particulièrement bruyant, sombre, glauque et sale. C’est une véritable descente aux enfers… La foule se presse, se serre, se tasse pour pouvoir accéder à la rampe. Il fait chaud, très chaud ; les odeurs de soupe et de gazole se mélangent. Il y a trop de saleté, de bruit et de densité humaine pour mon équipière d’aventure qui se sent mal et quitte, en pleurs, cet enfer.
Nous remontons dans notre cabine et nous partageons une délicieuse mangue violette/ verte ( les mangues aux reflets violet sont les meilleures) et quelques noix de cajou pour le dîner.mango

Ce sera notre unique repas depuis le petit déjeuner. J’en suis très heureux car j’ai besoin d’un petit régime, les quatre jours de repos à Alter do Chao (viandes et cocktails) ayant été néfastes à mon tour de taille.

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Filed under Sur l'Amazone - Du Pérou au Brésil

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