Des surprises (de bonnes et de moins bonnes…)

Mercredi 10 août :

Embarquement et transit vers Santarem (700km)
Que de monde à bord …

La seconde nuit dans l’auberge de jeunesse brésilienne a été, à nouveau, réparatrice. Il n’y a rien à dire : je dors beaucoup mieux et je m’endors plus vite dans une pièce climatisée que dans une atmosphère moite.

Je ne quitte pas Manaus avec regret. Trop chaud, trop de pollution, trop de saletés…
En revanche, je regrette beaucoup notre auberge de jeunesse, notre “hostel”, car son ambiance (beaucoup de jeunes étrangers, souvent européens,  débrouillards et ouverts), la propreté de ses lieux et son excellente position, au centre ville (près du Théatre et des restaurants), en ont fait un endroit très agréable à vivre. En partant, pour indiquer ma satisfaction des services rendus et parce que je pense qu’elle manque dans l’auberge et sera utile, je fais cadeau à la direction de l’hostel de ma très grande carte routière du Brésil dont je possède deux exemplaires. Elle est aussitôt affichée au mur et consultée.

En écourtant de 48h notre séjour dans cette grande ville, nous rattrapons les 48h perdues avec les avaries de bateaux survenues lors de la première partie de notre voyage.

Notre prochaine escale est Santarem, ville de 300 000 habitants, située à 750 km à l’Est de Manaus et quasiment à mi distance de Manaus et Belem, notre terminus sur l’Océan Atlantique.

Vers 09h30, nous partons rejoindre le port et débarquons du taxi qui nous a déposés sur le front de mer où se trouvent les embarcadères. En nous quittant, le chauffeur nous dit  “cuidado”, c’est à dire “faites attention aux voleurs et aux pickpockets”. Ce n’est pas la Promenade des Anglais, ni la Croisette de Cannes, c’est la foule de Barbès, un samedi matin.

port-manaus-amazonia-11082886

Manaus – Embarquement pour Santarem

Il y a cinq ou six pontons possibles ; nous jouons des coudes pour trouver le bon et apercevons au loin notre quatrième bateau, “le Nélio Corrêa”.

sudamerica-099

Le Nelio Corrêa

Il est nettement plus petit que le précédent et fait la moitié de notre premier bateau. Et pourtant, il va emporter autant de passagers qu’eux … Nous devons être au moins 250  passagers (le maximum autorisé est 254) sur un petit bateau de 35m de long. Comme il n’y a aucun comptage, il est même possible que ce nombre maximum soit dépassé.
Un Brésilien nous dit que le  bateau voisin du notre, le “Cisne Branco” a fait naufrage,  il y a 4 ans (80 morts), a été renfloué et qu’ il re-navigue. Je le vois à 10 mètres de moi ; c’est le sister ship du nôtre…

Le bateau est accosté sur un ponton flottant rempli de petites échoppes vendant de la nourriture (saucisses, fruits, andouillettes…), de vendeurs à la sauvette (lunettes, tongs, …), de passagers et de leurs familles. Les 1 000 sacs de ciment qui se trouvent à bord à notre arrivée ont été embarqués la nuit précédent le départ. Il nous est quasiment impossible d’avancer sur le ponton.
C’est avec beaucoup de difficulté que nous arrivons à la coupée de notre bateau. Et là, stupéfaction… Il y a, à bord, encore plus de monde que sur le ponton. Partout cela grouille.
Je sais, je sais… je vous écris cela depuis quinze jours mais, très franchement, tout ce que nous avons vécu depuis notre départ est ici largement battu sur ce bateau. Cela ressemble à la gare de New Delhi, les heures de pointe, quand tout le monde pousse et se marche dessus.

Sur le Corrêa, quand nous arrivons, les hamacs sont déjà accrochés partout, même hors des zones prévues à cet effet (devant les portes des cabines, dans les coursives..) Et, sous les hamacs, nombreux sont ceux qui vont dormir à même le sol.

Environ 250 Brésiliens (avec beaucoup d’enfants, ce qui ne s’était pas produit sur les bateaux précédents) sont à bord depuis 08h, alors que le bateau est sensé appareiller vers midi. Nous avançons dans la foule, avec nos deux énormes bagages, à la vitesse de 2 à 3m par minute jusqu’à nous poser dans un endroit où nous ne gênons personne.
Quel bordel ! C’en est drôle. Un vrai cas d’école.

Un gradé en tenue blanche impeccable ( le commissaire?) nous repère, nous demande nos passeports, nous fait attendre encore 10 minutes et nous indique, enfin, notre cabine : la “4”. Celle ci est petite, a un cabinet de toilette/douche/WC presque propre de 1 mètre carré et est climatisée.
Je retire ma chemise ou plutôt le torchon imbibé de sueur qui en fait office et l’étends sur la clim pour la sécher et la refroidir.

Dehors, c’est toujours la cohue. Ça braille, ça crie, ça bouge, ça se bouscule, ça se marche sur les pieds, ça sent la sueur, ça pleure (les bébés), ça négocie (7 oranges vertes pour 4 reals soit 13 euro), ça vomit de la musique….
C’est l’atmosphère des foules brésiliennes. Dans cette cohue, nous retrouvons Alexandra et Thomas, nos amis français qui dorment en hamac.

Après quelques minutes de repos dans la cabine, je monte (avec ma chemise rafraîchie) à l’étage supérieur pour accrocher mon hamac. Il n’y a plus qu’un seul crochet libre : le dernier, le plus venté. La leçon est retenue pour le prochain bateau.

Nous ne partirons pas à 12h mais à 14h. Il faut donc se  sustenter. J’achète, sur le ponton et à nouveau pour 4 reals, un délicieux friand au fromage et un succulent friand à la viande.

A 14h, nous appareillons. Un homme de 35 ans, en tenue blanche impeccable (vraisemblablement le commandant ou l’officier de quart), mais sans le moindre galon ( bizarre !) sur les épaules, murmure des ordres de barre et de moteur à un jeune (officier?) qui tient la barre.
Le Corrêa a deux lignes d’arbres. La manœuvre d’appareillage est bien exécutée malgré un fort vent d’est. Le trajet étant prévu durer 36heures, nous devrions normalement accoster vendredi  vers 2h du matin et, normalement, le commandant laisse les passagers finir leur nuit à bord avant de les débarquer.

Dès les premières minutes de navigation, la différence d’état de la mer est flagrante. L’apport du puissant Rio Negro, venant du nord, a fortement accru le débit et la largeur de l’Amazone, qui a doublé, et fait maintenant environ 5 km de large.

Pendant 50 km, les eaux noires du Rio Negro (venant du nord) sont restées le long du bord nord du fleuve tandis que le bord sud conservait les eaux boueuses et marron de l’ancien Rio Solimões. La ligne de séparation de ces eaux est franche et quasi rectiligne. Spectacle rare et étrange…

rencontredes eaux

Rencontre des eaux du Rio Negro et du Rio Solimões.

Il y a, maintenant, du vent et des vagues sur l’eau. On se croirait presque en pleine mer si on ne percevait pas encore, au loin, les deux rives. Les îles et les canaux adjacents ayant disparu, l’Amazone, en aval de Manaus, est devenue une autoroute fluviale. Les bateaux sont nombreux et se croisent régulièrement et sans problème. Les gros (porte conteneurs, paquebots..) naviguent au milieu ; les plus petits, comme le notre, longent prudemment les berges.
Nous sommes encore, mais très faiblement,  dans l’hémisphère sud.
Le soleil se couche vers 18h30 et presque toujours plonge dans l’Amazone car son lit est orienté suivant un axe Est/Ouest

Ces couchers sont toujours aussi rouges et aussi beaux. Je ne m’en lasse pas.Coucher

La musique du petit bar n’a pas baissé ; il est impossible de se parler et les passagers continuent de passer leur temps à se déplacer bruyamment. La nourriture semblant infecte, je prends un croque-monsieur au bar et fatigué, je pars vers 20h me coucher.
Le 11 août 2016

Fin du trajet et arrivée de nuit à Santarem

Ce matin et peu avant 6h, les premiers Brésiliens s’éveillent.  Ils sortent  de leur hamacs et commencent à jouer de la guitare et à bouger dans tous les sens.

Je suis réveillé. Je me lève. Il fait un temps splendide. Ma première action est de monter voir l’officier de quart et barreur.
Je lui montre ma carte et il m’indique que nous sommes au large du petit village de Mocambo, que nous avons presque fait les 2/3 du trajet et que nous devrions arriver à Santarem vers 23h (soit après 33h de transit, ce qui était prévu). Je comprends aussi que nous serons autorisés à rester dormir à bord après l’arrivée, mais je ne suis pas certain d’avoir bien compris.

Ces deux bonnes nouvelles sont contrebalancées par la rumeur que le bateau ne fournit pas de repas aux passagers … La cuisine, immonde, aperçue hier est réservée à l’équipage. Il faut donc se nourrir avec ses propres provisions (ce que font presque tous les passagers)  ou acheter des nouilles chinoises ou des croque-monsieurs au bar.
Il ne nous reste plus que quelques fruits.

Le bar étant fermé, je regagne ma cabine et constate très rapidement que, compte tenu de la cohue, c’est le seul endroit disponible pour prendre “calmement” mon petit déjeuner qui sera composé d’un verre d’eau, de deux biscuits et de deux oranges. Compte tenu de l’exiguïté de la cabine, il n’y a que la douche/WC/lavabo comme endroit adéquat pour préparer le p’tit déj. Les oranges achetées hier étant très juteuses, me voici assis sur la cuvette des toilettes pour peler les fruits au-dessus du minuscule lavabo.
Je suis en train de m’acquitter très consciencieusement de cette tâche quand je sens un chatouillis sur le mollet. Un énorme cafard, gros comme le petit doigt, est en train de remonter vers ma cuisse. Je le fais tomber et l’écrabouille du pied droit. Cela fait un bruit étrange de biscuit écrasé. Crunch, crunch….. Je n’ai plus faim.
Je l’examine. Il était énorme. Cela fait bien 40 ans (dans une cuisine de Djibouti) que je n’avais pas vu un cafard aussi gros. Un coup de douche et le cafard repart par le trou noir dans le sol (qui sert d’évacuation) par lequel il a dû arriver.
J’inspecte la cabine de fond en comble (surtout les plafonds). Le gros cafard n’a pas de copains.

Un bateau comme le nôtre

Le reste de la journée est plus calme. Le bateau glisse lentement sur l’eau.
Il s’arrête de temps en temps pour débarquer des passagers.
La police brésilienne, surarmée et omniprésente à notre embarquement à la sortie du Pérou (elle faisait jusqu’à 5 à 6 fouilles des bagages par jour …), ne se manifeste plus.

A midi, je me contente d’un bol de nouilles chinoises réchauffées au micro ondes par la barmaid.

À l’exception de sa couleur toujours aussi brune, l’Amazone continue de changer; le fleuve est de plus en plus large et ses berges, maintenant, ressemblent presque à des rives de fleuves français. ob_bc7ff6_habitations-le-long-de-l-amazoneFinies les hautes rives boueuses et fortement inclinées du Pérou Finies les bandes ininterrompues d’arbres gigantesques.
Les rivages sont juste à un mètre au dessus du niveau de l’eau et bordés de prairies remplies de vaches.
Les villages sont remplacés par des petites villes et, plus on navigue vers l’est et vers l’Atlantique, plus ces villes sont propres ; plus les bateaux sont gros, et plus les quais sont bien entretenus.

En revanche, la musique du bar dégueule à fond de la musique disco brésilienne depuis 8h du matin. Ce qui est plus insupportable que la saleté des toilettes ou que la cohue ambiante, plutôt sympathique, car tout le monde fait des sourires aux sept étrangers, perdus parmi les 250 passagers brésiliens.

La faim commence à se faire sentir : pas de repas digne de ce nom depuis 40 heures.
Par le plus grand des hasards, nous apprenons, 6 heures avant l’arrivée, qu’il y a bien une cuisine pour les passagers, et qu’il faut acheter des tickets.
Nous trouvons, cachée dans un coin du bateau, la dame qui vend ces tickets de cantine (3 euros le repas).
Pour ce prix là, nous avons droit à une assiette de nouilles/riz/poulet. Cela vous rappelle t-il quelque chose ? A nous, oui ! C’est notre onzième jour sur un bateau et c’est la onzième fois que l’on nous sert ce plat.
A croire que tous les cuistots de la marine marchande brésilienne ne savent faire que ce mélange. Jamais de fruits. Pas de dessert…

A 19h, nous faisons escale une heure à Obidos. C’est le premier port propre et bien tenu aperçu depuis 3 semaines. Les quais sont en pierres, il n’y a pas de détritus, pas de vase ni de boue puante ; pas de carcasses de bateau en train de pourrir ; les rues sont bien éclairées, les maisons sont propres et peintes. On se croirait presque à Collias !

obidos-rio-amazonas-cheia-de-2009

Obidos

Pendant l’escale, je sympathise avec le lieutenant en second qui a fait la manœuvre d’accostage. Il me fait rentrer dans la timonerie. Son vieux rafiot, le Corrêa a beaucoup de matériel électronique : un radar, un détecteur de radar, un GPS, un sondeur, un compas.
De tous les instruments, le plus utilisé est le projecteur qui sert très souvent à éclairer l’eau devant l’étrave. Comme le commandant semble avoir peur de percuter une pirogue de pêcheurs, il allume son projecteur dès qu’il aperçoit ou croit apercevoir une petite lueur au ras de l’eau.

Par lui, j’apprends qu’à Obidos, à 700 km de la mer, l’Amazone a encore 15 mètres de profondeur. C’est tout simplement énorme.

Parmi les autres bonnes surprises, il y a la découverte d’une fontaine à café chaud apportée après chaque  repas. Le café est gratuit et tout simplement délicieux. Il est, de plus idéalement sucré et pour moi, qui rêve, la nuit, de glaces et de gâteaux à la crème depuis deux semaines, ce café sucré est un bon palliatif.

La sono continue de cracher cette musique brésilienne si particulière. Il faut être sourd ou impotent pour ne pas avoir envie de danser.
Le DJ vocifère et annonce les prochains morceaux dans de très longs hurlements. On se croirait en boîte de nuit ..
Dehors, il fait bon et c’est la nuit noire. La croisière s’amuse.

Certains passagers commencent à replier leurs hamacs ; le terminus ne doit plus être très loin.

Vers 01h, le N/M Nélio Corrêa accoste à Santarem sur un ponton.  “Terminé barre et machines”…..

santarem

Le port de Santarem

Comme la plupart des passagers, nous restons dormir à bord.

Pour terminer et pour répondre à certains mails, je précise que la belle et voluptueuse jeune passagère brésilienne est un joli mythe.

Voici un exemple de passagère…pasagere

Advertisements

2 Comments

Filed under Sur l'Amazone - Du Pérou au Brésil

2 responses to “Des surprises (de bonnes et de moins bonnes…)

  1. Gene Hull

    ?

    ________________________________

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s