Plein d’histoires de tampons, de passeports et de gros vers crus…

Mercredi 3 août : 
 
Vers 1h du matin, nous accostons, éreintés et avec 9 heures de retard, au port péruvien de Santa Rosa et décidons de passer dans la foulée en Colombie où nous avons réservé un hôtel. Nous hélons l’unique piroguier encore réveillé qui, dans sa pirogue prévue pour 4 places, va embarquer 6 passagers et leurs 150 kg de bagages.
La pirogue n’est pas très stable et son bordé n’est pas à plus de 10 cm au dessus de l’eau. Dans un silence de mort (en fait, nous dormons…), nous traversons le fleuve qui fait office de frontière et accostons en Colombie, au port de Leticia, sur un tas de déchets flottants et pourris. Dans la nuit noire, il nous a fallu sauter, avec nos sacs à dos, sur un sol spongieux et répugnant d’immondices puis trouver un tuk-tuk dont le chauffeur connaisse notre hôtel.
Nous n’étions plus sûrs du nom de l’hôtel (nos batteries d’IPhone étaient bien sûr vides) et le chauffeur ne connaissait pas l’hôtel mais connaissait un copain, qui dormait mais qui, lui, connaissait l’hôtel …
On s’en fichait car on dormait debout. De plus, l’adresse relevée sur Internet s’est révélée fausse et les rues de Leticia (comme dans beaucoup de villes d’Amérique du Sud) n’ont pas de nom affichée. Bref, vers 02h du matin, nous trouvons enfin l’hôtel et nous nous endormons en cinq minutes.
En nous réveillant, nous apprenons qu’étant rentrés en Colombie, la nuit dernière, sans tampon de sortie du Pérou. nous devons y retourner pour acquérir ce fichu tampon de sortie sur notre passeport.
Nous refaisons donc, vers 11h, le chemin inverse de celui de 01h du matin.
C’est l’occasion pour nous de voir de jour le port de Leticia. C’est, en fait, une toute petite rivière dans laquelle sont jetés tous les immondices de la ville. Comme c’est le seul port de Colombie sur l’Amazone, c’est le point de départ des touristes colombiens qui souhaitent visiter l’Amazone.leticia-dock Dans un joyeux bordel, une trentaine de pirogues y embarquent, chaque jour, les touristes qui, avant d’atteindre le grand fleuve, passent entre deux rives d’immondices régulièrement brûlés. Je précise qu’il n’y a aucun ponton d’embarquement en bois ou en ciment et que tout le monde patauge dans la boue avant d’embarquer.
Une centaine de vautours, énormes, se battent en permanence pour avoir les sacs d’immondices. En partant, quelle ne fut pas notre stupéfaction en voyant quatre militaires, tout de noirs vêtus (des forces spéciales, paraît-il ; d’après moi, plutôt des forces anti drogues..), jeter deux cercueils sur un tas de détritus. Photo fut prise…coffin
A 12h, nous étions donc de retour au Pérou où le bureau de l’Immigration tamponna le visa de sortie du Pérou sur nos passeports.
Il me faut maintenant préciser que le Pérou, la Colombie et le Brésil se rejoignent dans la zone où nous sommes, appelée “triple frontière”. Il est donc très facile, de passer à pied ou en pirogue, d’un pays à l’autre, que cette région est une zone de trafics en tout genre et que la pose de tampons d’entrée et de sortie d’un pays n’est pas très réglementée…
De retour en Colombie, dans notre hotel de Leticia, l’après midi fut
tout d’abord consacré à aller à pied au Brésil (à Tabatinga) pour nous renseigner sur le prochain départ d’un bateau vers Manaus. Il nous fut répondu : dans deux jours à midi.
Puis, étant arrivés à 01h du matin en Colombie sans tampon d’entrée, nous avons cherché à comprendre si nous devions présenter nos passeports (et où?) pour avoir ce tampon. Les Colombiens questionnés nous dirent tout et son contraire. La bonne réponse nous fut donnée vers 17h par le responsable des douanes de l’aéroport de Leticia : “Etant en transit en Colombie pendant deux jours, vous n’aurez pas besoin de tampon “entrée” ni de tampon “sortie” de Colombie sur nos passeports….!”
Vous avez compris que le port de Leticia est un vrai cloaque. La ville est un peu mieux mais guère. Beaucoup de boutiques sont pour les touristes et vendent des curios en plastique …
Les gens sont sympas. On peut se promener la nuit sans crainte mais, mon Dieu, que c’est sale : des chiens pelés tous les 20 mètres, pas un seul trottoir en bon état, pas une maison neuve, que des maisons de plain pied, pas d’étages, des petites échoppes, des gens pauvres mais heureux.
Le soir, petit restaurant. Pendant que nous dînons d’un succulent ceviche
(poisson cru mariné dans du citron vert), l’équipe de France de football féminin étrille celle de la Colombie 4 à 0…
Nous avons refusé les gros vers crus ( il faut juste couper la tête d’un coup de dent et la recracher …..) et les bananes farcies aux vers blancs cuits.
Soyons clairs. Nous ne mangeons quasimentvers
que du poulet et du riz depuis 10 jours. La nourriture amazonienne est à base de poulet, de poisson, de riz et de bananes plantains. Bof, bof…..C’est exactement comme la péruvienne.
Côté boissons, c’est mieux. Le Pisco sour (pisco, citron vert, blanc d’œuf, sirop de canne mélangés au mixer) est vraiment excellent.  Pour ce qui est de la michelada (bière et jus de tomate), totalement immonde.
Je me porte comme un charme et ai du perdre un ou deux kilos tant la nourriture est mauvaise. Je n’ai pas encore eu besoin d’utiliser les médicaments recommandés par mon ami, le bon médecin de Collias.
Comme souvent, quand j’emporte des médicaments, je ne m’en sers pas… et quand je les oublie, j’en ai besoin !
Le soir, vers 17h, une envie de jouer aux boules me prend, de temps en temps.
Mais, comme le dit, une pub célèbre : ” cela, c’était avant..”.
 Jeudi 4 août : 
 
Des arbres et des animaux.
Aujourd’hui, nous partons en excursion dans la “selva” avec une agence de voyage ; nous allons nous promener dans la réserve naturelle de Marasha. D’accord, c’est un piège à touristes mais on ne passe à Leticia et au cœur de la forêt amazonienne qu’une fois dans sa vie. Et, in fine, ce fut très bien.
Première surprise, nous quittons en bateau la Colombie et Leticia pour repartir, à nouveau, au Pérou ..  car la réserve est située en territoire péruvien.
Apres 20 minutes de vedette pour remonter l’Amazone, nous débarquons, avec 5 autres touristes, sur une rive très boisée. Dès notre arrivée, le guide nous met dans l’ambiance en nous demandant de descendre nos bras de chemise et en nous remettant des bottes pour éviter d’avoir des insectes ou d’autres bébêtes dans les chaussures. L’entrée en matière est une “marche botanique”. Pendant deux bonnes heures, le guide péruvien va nous expliquer les arbres et la faune de la forêt.
D’emblée, nous comprenons que cette marche sera passionnante mais aussi éreintante. Il fait 35 degrés et l’humidité est proche des 100%. Pas un souffle de vent, c’est très rapidement une “marche-sauna”. Dès les premiers mètres, des gouttes de sueur dégoulinent sur mon nez et ma chemise devient un torchon gorgé de sueur.
La cause? Nous sommes sur une zone très humide, sur la partie de la berge qui, recouverte de 2m d’eau pendant 4 mois par an (en hiver) est une véritable éponge.
Première rencontre : une termitière géante accrochée à un tronc. Le guide, avec son doigt, en perce la croûte extérieure. Les termites sortent en masse. Il en prend dans ses doigts, les mange et dit que c’est bon. Il demande un volontaire. Je fais comme lui et mange trois ou quatre termites. Il a raison : elles ont un goût de menthe poivrée.
Nous voyons peu d’animaux : un paresseux et trois singes dans des branches hautes car, pour les arbres, c’est la course vers le soleil. Ne survivent que les arbres de plus de 20 mètres.
Dans la forêt, pas le moindre bruit mais une forte odeur d’humus. Pour chasser, les Indiens qui vivent dans cette région utilisent plus leur ouïe et leur odorat que leur vue.
Les explications sur les arbres s’enchaînent. Les matapalos sont de petits arbres, sortes de lianes verticales qui, dans un premier temps, poussent vers le ciel, à un mètre autour d’un arbre géant (de 2 mètres de diamètre). Dans un deuxième temps, ils l’entourent comme du lierre et mettent 200 ans à l’étouffer. Ils sont aussi appelés “arbres de l’amour” car ils embrassent puis tuent l’arbre géant. Leur besogne terminée, l’arbre géant pourrit et disparaît et les matapalos forment un cercle de tuyaux d’orgue.
L'”arbre aux fourmis rouges” a, lui, les deux premiers mètres de son tronc hérissés de grosses pointes et, en son centre, un tuyau creux qui sert de refuge aux fourmis rouges. Celles ci montent et descendent sans cesse sur son tronc. Les Indiens y attachaient les délinquants plus ou moins longtemps suivant la gravité de la faute. Les femmes adultères y étaient liées jusqu’à  ce qu’elles soient tuées par les fourmis rouges.
Un autre arbre s’est spécialisé dans l’accueil  des “gentilles” fourmis noires. L’arbre est appelé quita-calzon (quitte ton caleçon) tant les fourmis pénètrent vite dans les vêtements et grattent la peau de l’individu qui s’en est approché. Nous apprenons que le curare utilisé par les Indiens est un mélange de sèves vénéneuses et de poisons d’animaux ( petites grenouilles androbates et serpents).
Apres une bonne douche nous prenons un repas “dégueu” ( un de plus …)  dans le lodge de la réserve dont les mascottes sont une  famille de capibaras, sorte de sangliers locaux (appelés chiguiros par les Péruviens)capibara et surtout trois “poissons dragons” géants, ou pirarucus, enfermés dans un vivier. Ces carpes, au corps rouge foncé, ont plus de 2m de long, un poids voisin de 90 kilos et des écailles dignes d’un animal préhistorique. Elles fuient l’homme mais sont très impressionnantes car, quand elles chassent en surface, elles aspirent tout avec un bruit d’aspirateur géant. Un gros oiseau ou un poulet est ainsi aspiré en une seconde.pirarucu
Il nous fut ensuite proposé de lancer des abats de poulet dans la rivière ; la voracité des piranhas n’est pas une légende. Ma tentative d’en pêcher un fut un échec car les lignes fournies faisaient un mètre de long et les piranhas étaient loin de la berge.. Je suis déçu. Déçu aussi d’apprendre que les piranhas n’attaquant pas l’homme mais mangent uniquement des animaux morts. Je vérifierai cela en rentrant en France.
Une balade finale en pirogue le long des arbres était sensée nous permettre d’apercevoir des crocodiles. Ce fut chou blanc. Elle nous permis cependant de voir des oiseaux, sorte d’énormes faisans posés sur des branches basses et se laissant approcher à une dizaine de mètres avant de s’envoler lourdement.
Le retour en vedette vers l’hôtel se passa presque normalement … Notre vedette ne tomba pas en panne mais s’arrêta pour secourir une consœur en avarie.

Un diner au plus célèbre restaurant de Leticia, Tierras Amazonas, nous permit de comparer les ceviches et les  Piscos sours…

 Vendredi 5 août :
 
Embarquement pour le Brésil. Visites et fouilles incessantes par les douaniers/policiers.
La matinée est impérativement consacrée à la quête du tampon nécessaire pour entrer au Brésil. Nous prenons ainsi un taxi pour nous rendre, au Brésil : à Tabatinga, tout d’abord, au premier poste de la Policia Fédéral (pour avoir le tampon) puis à l’embarcadère de notre bateau.
En dix minutes, nous changeons de monde. Au Brésil, il y a beaucoup plus de monde. Cela grouille. On se croirait un peu en Inde pour le trafic. Une seule règle : “le plus gros véhicule a priorité”. Beaucoup de dancings, de discótecas et de salles de musculation … Aucun doute, nous sommes au Brésil.
Le hall d’embarquement est grand, en ciment, avec des bureaux bien organisés. Les quais sont de “vrais” quais (cimentés, avec des défenses et des passerelles) et sont les premiers aperçus ainsi depuis douze jours.
La seconde surprise va être une présence policière omniprésente.
Nous sommes accueillis dans le hall d’embarquement par une dizaine de malabars, tout de noirs vêtus, armés jusqu’aux dents et accompagnés de malinois, des chiens dressés à chercher des armes ou de la drogue..
Ce sont les gens de l’ESFRON, la sécurité brésilienne, mi douaniers, mi policiers qui vont monter à bord et fouiller le bateau, à chaque escale, (jusqu’à deux fois par jour) puis redescendre. Ils cherchent uniquement de la drogue dont le trafic est très important au Brésil.
esfron
Pour cette raison, à l’embarquement, tous les bagages des passagers doivent être impeccablement alignés et les chiens de l’ESFRON vont les renifler au minimum quatre fois. Ce sera la première de trois inspections ou fouilles manuelles en moins de deux heures….
Dix minutes plus tard, nos , bagages et sacs à dos sont à nouveau ouverts dans la salle suivant le hall d’embarquement.
Notre bateau, le N. Fernandes, est un cargo en fer qui ressemble à un cargo européen des années vingt. J’apprendrai, plus tard, qu’il n’a que 20 ans !
Il est sale mais moins sale que le “très sale cargo péruvien” car il ne transporte pas d’animaux mais que des passagers.
Il est important que vous compreniez bien la différence entre sale et très sale.
Longueur (45m), largeur (12m), le Fernandes est, pour sa taille, très haut sur l’eau (3 étages /ponts de 42 m de long et de 3 m de haut chacun). Sa plage avant est très courte (2m) et sa poupe, son arrière, a une forme ancienne en “cul-de-poule” (en demi cercle). Sa silhouette ronde, son pont jaune font qu’il ressemble à un gros jouet d’enfant. Ce gros bébé joufflu peut quand même transporter 400 passagers.
Comme tous les bateaux sur l’Amazone, il  est très, haut au dessus de l’eau et il serait peu stable en cas de tempête.
Quand nous embarquons, il y a à bord, comme au Pérou, une noria de porteurs, véritables portefaix du Moyennâge, dégoulinant de sueur, qui déchargent la cale et portent, en courant,  des cartons presqu’aussi gros qu’eux. Un rapide coup d’œil permet de voir que ce sont des cartons remplis de papier de toilette, plus impressionnants en volume que réellement lourds.
Dès notre montée à bord, nous sommes accueillis par une troisième équipe de policiers qui fouillent, à nouveau, nos sacs.
En transit jusqu’à Manaus, nous allons faite 1 670 km sur l’eau et passer à bord 4 jours et 3 nuits. Nous avons loué une “suite” (cabine avec une douche et un WC privés). Le passage pour accéder à cet espace si précieux fait très exactement 31 cm de large… Comment font les obèses? La surface de l’ensemble (cabine et WC) est de 4,5m2.
Le WC et la douche sont sales et rouillés (on y est maintenant habitués) mais ils sont privés.
wc
Située au pont supérieur, notre cabine jouxte le bar qui vomit de la musique disco brésilienne 12 heures par jour. Comme la clim de la cabine fait presque autant de bruit que la musique, nous décidons de dormir, la nuit, dans nos hamacs, au pont inférieur, au milieu des autres passagers.
Je les installe sous l’œil inquisiteur et étonné des Brésiliens qui n’ont jamais vu de hamacs avec moustiquaire. Je le fais avec dextérité et rapidité, à la bonne hauteur du sol et, surtout, à la bonne distance des hamacs voisins. Je ne suis plus considéré comme un touriste.
Le bateau appareille à 13h30, presqu’à l’heure, c’est à dire avec 1h30 de retard.
Apres 30 minutes de navigation, le cargo s’arrête au port de Benjamin Constant pour prendre des passagers. Une quatrième équipe de policiers/douaniers/militaires fortement armés embarque. Sortis à terre acheter des mandarines, nous avons failli rater l’appareillage. Le bateau repart.
Une heure plus tard, nouvel arrêt. Une nouvelle équipe de l’ESFRON monte à bord. Ordre nous est donné de rejoindre nos cabines. La cabine est fouillée, nos sacs aussi. Nous montrons nos passeports pendant que la fouille continue. Irrité, je montre ma carte d’identité militaire française et la fouille s’arrête net.
Le bateau repart à nouveau ; nous ratons le dîner car nous ignorions que l’horloge du bord avait été avancée d’une heure pour se mettre à l’heure de Manaus. Anaïs, une jeune française, nous en informe et nous aide à avoir notre ration. Le cuistot apporte une gamelle infecte remplie de poissons… et deux écuelles de soupes avec des nouilles. Il n’y a jamais de dessert et je souffre. Les boissons sont à acheter. Entre les deux plats, nous choisissons les nouilles et les cuisses/restes de poulets. Pressés de quitter la salle à manger très bruyante car située à la verticale de la ligne d’arbres, nous dînons, sans échanger un mot, sur une toile cirée crasseuse.
Je dois avouer avoir, ce soir, avalé mon assiette de nouilles en fermant les yeux.
Un peu plus tard, nous regagnons nos hamacs avec moustiquaire car autant il n’y a pas de moustique quand le bateau avance, autant il y en a au moindre arrêt.
Vers minuit, il fait si froid que nous repartons dans notre cabine, descendons nos bagages pour libérer les banquettes, coupons la clim trop bruyante et essayons de nous endormir. Le réveil est réglé sur 07h pour ne pas rater le petit déjeuner, le café da manhã.
 Samedi 6 août :
 
Problème de voisinage de hamac
Beauté des paysages.
Nous sommes toujours sur le Rio Solimões, entre Tabatinga et Manaus.
La journée commence bien. En sortant de la cabine, j’aperçois des dauphins gris roses qui nagent lentement, à côté du bateau, dans une eau toujours aussi brune. Seconde belle surprise : le petit déjeuner, pris dans la salle à manger du bateau (à la propreté toujours douteuse), est plutôt bon : riz au lait sucré, café et petits pains. Je n’oublie pas le comprimé anti paludisme.
Vers 10h, le N. Fernandes accoste au Terminal de Cargas du petit port de Santo Antonio do Iça, 200 km en aval de Tabatinga. La manœuvre d’accostage est quasi parfaite. Bravo au commandant.
Là encore, une équipe de l’ESFRON monte à bord. Visite de notre cabine, inspection des bagages, papiers d’identité, billets de transport, ma carte d’identité militaire fait le même effet … La routine.
Pour moi qui ai fait fouiller des bateaux par mes matelots quand je commandais aux Antilles, les douaniers brésiliens sont de vrais professionnels. Rien n’est oublié. Devant moi, je les ai vus sonder, avec des bâtons, les réservoirs d’eau douce et fouiller les glacières remplies de glaces Kibon…pour chercher de la drogue.image2-1
En quittant le Pérou et en pénétrant au Brésil, l’Amazone change de nom et s’appelle Rio Solimões… Le fleuve serpente alors, dans un bassin très large (5 à 10 km) et non dans un lit,  entre de nombreuses îles espacées d’1 à 2 km. On voit donc en permanence un morceau de terre (une rive du fleuve ou une île?) à 500 ou 800 mètres du bateau.
Le repas de midi est  copieux et bon (saucisses, manioc et surtout un dessert : des cubes de pâte de coing arrosés de lait condensé sucré… Enfin du sucré, un régal). A 13h, nouvelle halte pour  embarquer et débarquer des passagers. Pas de passage de douaniers /policiers cette fois-ci.
L’après midi se passe à rédiger mes souvenirs de voyage et à regarder le paysage. Tout est reposant.
Je saute le dîner, servi à 18h, pour admirer le coucher de soleil. Le bateau navigue à 10 noeuds sur la surface complètement lisse de l’eau. Les berges sont loin et les derniers rayons du soleil éclairent d’un rouge foncé les nuages avant de se refléter dans l’eau.
La nuit, sur une surface de l’eau lisse comme un miroir, sans repère lumineux extérieur, il est très difficile de savoir si le bateau avance ou est arrêté. Je me fais ainsi avoir plusieurs
fois.
sunset
Devant moi, sur le pont supérieur, des passagers s’agitent. Ils regardent la télévision et applaudissent la première médaille pour le Brésil. Un tireur brésilien vient de gagner la médaille de bronze au tir au pistolet.
Posté à côté du poste de télévision, un matelot est responsable de la bonne réception et de la qualité de l’image. Un volant au plafond lui permet de régler en permanence l’orientation de l’antenne après chaque changement de cap du bateau.image1-3
Ce qui me fait également sourire est que le son de la télé a été coupé pour que les autres passagers, non intéressés par les Jeux olympiques,  puissent continuer à écouter la samba diffusée en permanence par la sono du bar. La samba est prioritaire, même pendant les J.O…..
Petite halte de 20 minutes à Jutaï pour embarquer, à 20 heures, des passagers. J’en profite pour calculer notre vitesse de progression sur le fleuve. Nous devrions bien arriver à Manaus lundi soir, entre 18 et 20 heures.
La fatigue se fait sentir.. Je rejoins mon hamac et ai du mal à m’endormir  car ma voisine, une grosse Brésilienne, dort, comme le font les Brésiliens, presque en travers de son hamac.
Pour mieux dormir, pour le faire sécher (ou pour m’aguicher …?), elle a accroché son soutien gorge noir au plafond. Le seul problème est qu’il pend au dessus de mon visage… Plus tard, son coude me rentre dans les côtes et madame n’arrête pas de bouger.
La nuit ne sera pas aussi réparatrice que je l’aurais souhaitée…
Dimanche 7 août :
 
Un coucher de soleil inoubliable. Une jolie indienne jivaro, tout aussi  inoubliable.
De belles rencontres.
Nous sommes toujours en transit sur le Rio Solimões ( premier nom brésilien de l’Amazone) vers Manaus.
Le nom du fleuve changera après Manaus. Il s’appellera à nouveau l’Amazone.
En me réveillant, le spectacle est magnifique : un labyrinthe d’eau et, partout, de très belles îles, posées sur l’eau (les très hautes rives boueuses péruviennes ont disparu).
Cela ressemble beaucoup à une navigation dans le golfe du Morbihan où les îles bretonnes seraient bordées d’une ceinture ininterrompue d’arbres divers et auraient plein de petites criques propices au mouillage forain.  En plus, depuis 12 heures, il n’y a aucune habitation sur les rives. C’est la forêt, “vierge” de toute présence humaine, dans toute sa beauté.
Le paysage est vraiment très beau. Suivant l’éclairage, l’eau du fleuve est couleur café au lait ou chocolat clair. tabatingNous sommes au pont supérieur, à l’ombre. Il fait 28 degrés, la brise légère créée par le mouvement du bateau nous rafraîchit et le doux ronronnement du moteur est malheureusement couvert par la sono qui vomit de la musique brésilienne à deux balles.
Il n’y a que quatre touristes (dont nous deux) au milieu d’une centaine de Brésiliens qui passent leur temps, au pont inférieur, à dormir ou à somnoler dans leurs hamacs accrochés au dessus de leurs sacs ou de leurs valises. Partout pendent au plafond des serviettes de toilette, du linge à sécher ou des sacs en plastique pour les plus pauvres.
C’est cool et relax.
amazone-2
La France et le terrorisme sont bien loin.
Ici, c’est la torpeur, la samba, la douceur de vivre.
De temps en temps, sans raison apparente, le barreur fait passer le bateau au ras des arbres d’une île. Les arbres sont proches. Les seuls oiseaux aperçus sont des mouettes ; nous sommes à 2 000 km des côtes les plus proches. Tout est vert mais les couleurs de vert sont très diverses.
S’il n’y avait pas la rumba ou la samba provenant de la sono, tout serait calme
et très reposant.
Ce voyage est passionnant au niveau de l’exotisme et du dépaysement mais beaucoup plus dur que je ne l’imaginais : température et humidité,  logistique, poids de mes bagages (j’ai pris 3 fois trop de vêtements car je lave mes affaires tous les soirs et ne remets pratiquement que  les deux mêmes vêtements), difficulté de langage (c’est fatiguant de ne presque rien comprendre ; c’est mon cas avec le portugais), confort presque inexistant ( mais ce n’est pas le plus important), saleté et nourriture peu ragoûtante…
Les Brésiliens sont très sympas et apprécient quand je ne joue pas les touristes “servis à pied baisé”. Le serveur me remercie mille fois quand je rapporte mon assiette sale à la “souillarde”.
Ce voyage nous fait aussi rencontrer des personnages hors du commun dont beaucoup de jeunes Françaises qui passent 6 à 7 mois, seules ou à deux, à parcourir l’Amérique du
Sud. Coralie et Pauline, deux jeunes infirmières pour personnes âgées, Alexandra et Thomas, beau jeune couple (elle, médecin urgentiste parisienne de 35 ans ; lui, ingénieur et grand surfeur), Anaïs, laborantine guyanaise de 25 ans, sportive, amatrice de trekking en autonomie complète et terminant ses 7 mois de voyage en Amérique du Sud, seule, sac au dos)
Toutes ces rencontres m’enrichissent beaucoup.
Le son qui m’entoure vient de changer. La sono a été coupée et la télévision est à nouveau reçue, avec le son.
Sur l’écran, rempli de neige tant la réception est mauvaise, est retransmis en direct le match de volley Brésil/Italie. Le réalisateur, de temps en temps, retransmet quatre sports en simultané sur le petit écran : volley, ping-pong, judo et tir.
Nous longeons un village dont toutes les maisons en bois sont sur pilotis. C’est pauvre (beaucoup moins qu’au Pérou) mais on ne voit aucun détritus, aucune bouteille vide.

Sur les rives, il n’y a pas le moindre espace défriché ( sauf celui des villages qui possèdent tous, même le plus petit, un terrain de foot et des buts rouillés ; nous sommes au Brésil, ne l’oublions pas).

.maison

Sur les rives, il n’y a, depuis dix jours, que des arbres à perte de vue. Certains, les plus majestueux, les ceibas sont les seigneurs de la selva. Leurs branches et leur feuillage ne commencent à pousser que lorsqu’ils ont dépassé les autres arbres, quand ils sont sortis du toit végétal (la canopée), à environ 20 mètres du sol. Leurs troncs rectilignes seront débités pour servir de flotteurs pour les maisons “sur radeaux”.ceiba
Sur l’eau pas de vague. Par moments, de forts tourbillons de surface indiquent la présence de contre courants provoqués par l’arrivée d’une rivière dans le fleuve.
Le bateau ralentit mais ne stoppe pas pour permettre à une petite embarcation de l’accoster.
À bord, un Brésilien et une jeune femme indienne, splendide, au corps gracieux, à la peau cuivrée et aux très beaux longs cheveux noirs (probablement de la tribu des Jivaros). Trois passagers débarquent du cargo et embarquent sur cette pirogue pour rejoindre la rive et le village qui s’y trouve.
Le nom du fleuve (Amazone) provient de cette tribu jivaro. En 1540, un noble espagnol,
Francisco de Orellana, lors de la première exploration du grand fleuve, a été attaqué, dans la région de Manaus, par des guerriers Jivaros aux longs cheveux. Il raconta avoir subi l’attaque de femmes, semblables aux Amazones de l’Antiquité, et baptisa le fleuve : “rivière des Amazones”.
A midi, la tradition est respectée  : petit arrêt en plein fleuve pour permettre aux douaniers de la petite ville d’Alvarães de monter à bord et d’inspecter le pont inférieur. Ils repartent au bout de cinq minutes et notre cargo, le vieux N.Fernandes remet en route.
Ouf.. Le Brésil a battu l’Italie au volley ball. La télé brésilienne enchaîne sur la natation car elle ne montre que les sports où le Brésil gagne une médaille.
L’avantage d’être passé du Pérou au Brésil, c’est que la nourriture a beaucoup changé. On est passé de riz/poulet/banane à haricots rouges/poulet/riz. Ne riez pas! On dirait pas comme ça, mais ça change tout …..
Le soir, avant de regagner nos hamacs, nous jouons aux cartes avec de jeunes Portugais.
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