Quatre jours jusqu’à Iquitos

Du 27 juillet au 30 août, ma compagne et moi avons descendu le grand fleuve, au rhytme lent des cargos mixtes (cargo et passagers). En cinq semaines, nous avons voyagé plus de 5 000 kilomètres sur l’Amazone et ses affluents.

Samedi 30 juillet

Pendant toute la nuit et toutes les deux heures, le bateau va s’arrêter et “beacher”,  à la hauteur d’un lampadaire, sur une rive archi boueuse et très pentue. Au pied de ce lampadaire, des paysans, surgis de nulle part, descendent la pente boueuse et montent à bord avec leurs ballots de vêtements ou leurs sacs de fruits.

at-night

A la lueur du puissant projecteur de notre bateau, nous avons ainsi embarqué, pendant la nuit et en les faisant rouler sur deux petites planches, une grosse bétonnière, trois motos, un tuk-tuk (moto taxi), un coq (qui chantera plus tard..) et un cochon qui a braillé en embarquant et qui est maintenant attaché, par la patte arrière, au tuk-tuk.
Petit à petit, le nombre de hamacs s’accroît pour atteindre, ce matin, le chiffre d’environ 350 dans un espace de 300 m2. Ceux qui ne trouvent plus de place pour accrocher leurs hamacs dorment à même le sol, sous d’autres hamacs…. Certains osent même monter au pont supérieur (celui des touristes) pour y dormir.
Le fleuve a doublé de largeur depuis 24 heures (nous sommes maintenant sur le Marañon); il fait un kilomètre de large, il y a de l’eau et les risques d’échouage sont maintenant oubliés.
Les Péruviens n’arrêtent pas de porter des charges. Ils ressemblent à des montagnards : ils sont trapus, courts sur pattes et avec un torse très développé. Leurs femmes sont moches, vraiment très moches…
Je me renseigne sur la position du bateau. Nous sommes partis il y a 48 heures et n’avons pas encore fait la moitié du trajet mais j’apprends aussi que, maintenant, nous ne devrions plus nous arrêter pour ravitailler les hameaux et que, de ce fait, nous devrions arriver demain matin, dimanche 31 juillet,  à Iquitos, avec un retard de 36 heures sur notre planning. Nous aurons donc passé à bord 3 jours et demi et 4 nuits à vivre dans une cellule de prison et à manger de la “nourriture de prison”. Cela me semble être le maximum de ce que je peux maintenant supporter, en termes de vraie saleté et d’inconfort. Et, pourtant, je suis un ancien sous-marinier…
Espérons seulement que le bateau que nous allons prendre à Iquitos soit plus propre et plus confortable.
A 18h, nous accostons à Nauta, hameau sur la rive nord du Marañon, situé à environ 70 km en amont d’Iquitos.
Et là… Surprise. Presque tous les passagers débarquent et prennent des bus “collectivos” pour rejoindre Iquitos samedi soir. Pendant deux heures, une noria de 50 coolies déchargent les caisses de fruits et de légumes, trois par trois. Puis s’attaquent au déchargement des 1000 caisses de 200 œufs soit 200  000 œufs…
De 350 hamacs, il n’en reste plus que 20 au pont principal ; des 25 hamacs, n’en restent que 2 au pont supérieur.
En revanche, les moustiques, qui n’existent pas quand le bateau avance, sont ici légion. Nous sortons vite les répulsifs et nous nous en aspergeons.

Dimanche 31 juillet :

Arrivée vers 07h dans le port d’Iquitos. C’est vraiment un très grand port ;  il n’y a toujours pas le moindre quai mais 3 km de rives toujours aussi boueuses, aussi sales de  détritus et aussi pentues que celles d’hier ( environ 45 degrés).Ce matin, c’est nous qui nous sommes engoncés dans la fange pour sortir du bateau.0706_puerto-iquitos
Une centaine de bateaux, dont le plus jeune doit avoir 60 ans, sont beachés sur la rive. Nombre d’entre eux sont des épaves qui ne flotteront plus jamais. Le voyageur qui est intéressé par les antiquités marines (hublots, vieilles barres à roue..) doit trouver ici son bonheur tant il y a d’épaves.image1-1

Iquitos, qui a environ 300 000 habitants, n’a aucun accès par la route. C’est une ville moche, sale, sans grand intérêt mais elle est mythique pour les routards et les “illuminés du bocal ” qui recherchent de nouveaux trips à travers les herbes hallucinogènes dont la plus connue, l'”ayahuasca” est fournie lors de circuits touristiques avec des guides chamaniques. C’est le top, paraît il, des voyages touristiques locaux, mieux que la visite du petit zoo ou du village reconstitué avec de faux Indiens. Les agences de voyage locales regorgent de photos d’européennes, de la belle quarantaine, en extase (ou en train de vomir, l’un précédant l’autre…) lors de “cérémonies d’initiation”.ayahuasca
Ma voisine d’hôtel, une belle Hollandaise était, ce matin, à sa septième initiation…!
Dans l’après midi, nous passons près du bidon ville flottant de Belén. Toutes les maisons (plutôt toutes les cabanes  pourries en tôle rouillée) sont sur des radeaux en bois qui, en cette saison de basses eaux, reposent sur la vase molle. Des chemins de planches permettent de circuler. Partout encore, des sacs de déchets, des bouteilles en plastique jonchent le sol. Manifestement, le métier de boueux n’est pas enseigné au Pérou. Tout le monde jette tout par terre…belen
Un petit marché artisanal propose des produits pour les rares touristes : beaucoup de boissons à base d’herbes pour guérir le foie, résoudre l’impuissance, attirer sa voisine, etc …  de nombreux policiers surarmés patrouillent. Ce dont surtout des policières, plutôt jolies, moulées dans des pantalons d’équitation, bottées de grandes bottes noires et très fardées.police
Le soir, nous retrouvons nos deux jeunes françaises (24 ans)  rencontrées sur l’Eduardo. L’une d’elles est à son quatrième mois de voyage en Amérique du Sud, sac au dos. Sur le bateau, pour ne pas être importunées par les jeunes Péruviens, elles m’ont présenté comme leur père. Depuis, elles m’appellent “papa”.
Nous dînons avec elles dans une pizzeria réputée pour ses Pisco Sour.
Toute la ville est dans la rue et se promène autour de la Plaza de Armas. C’est une sorte de kermesse avec beaucoup de marchands de glaces, de barbes à papa et d’éclairages kitsch.iquitosarmas1 A 21h, nous nous séparons et rejoignons nos hôtels respectifs où un vrai matelas, une vraie douche et une vraie chambre nous attendent.
A 21h, extinction des feux. Nous tombons de sommeil et nous endormons très vite  malgré la sono de la fiesta extérieure.

Lundi 1er août.

La nuit à été réparatrice : un matelas “normal”, une douche “normale”, une propreté “normale” et de l’air conditionné…
Ce matin, promenade sans but dans les rues d’Iquitos (300 000 habitants), capitale de la province de Loreto et isolée des routes péruviennes ( on ne peut s’y rendre qu’en bateau ou en avion). La circulation est intense (des centaines de tuk-tuks), beaucoup de policières, peu de jeunes (ils doivent être à l’école..), beaucoup de petites gens travaillant directement sur le trottoir ( réparateurs de chaussures, marchands de glace pilée, vendeurs de cirages). Nos pas nous conduisent hors du centre ville et là, la saleté revient au galop, une vraie saleté liée à la pauvreté, au manque d’hygiène, aux habitudes de tout jeter dehors et à l’absence de culture écologique. Les jeunes filles pomponnées marchent, sur des trottoirs  en permanence défoncés, à côté de gigantesques mares de boue.
Certaines rues n’ont pas de bitume au sol mais un mélange spongieux de terre battue et de déchets ( oranges pourries, peaux de banane, sacs pleins d’immondices..). C’est franchement sale.
En revenant à la Plaza de Armas ( il y en a une dans chaque ville ou village du Pérou), nous passons devant la ” maison de fer”, une maison de deux étages (dont les plans ont été faits par Eiffel ), importée par un riche Péruvien au début du 20ème siècle. Toute sa structure est métallique et le mécano ressemble à celui de la Tour : des poutres de fer et des gros écrous.casa-de-fieero
Un petit tour dans l’après midi nous fait tomber sur une boutique de curiosités et souvenirs locaux. Les plus côtés sont les têtes réduites qui se vendent comme des petits pains.  Il y en a une vingtaine de différentes et même si ce sont des des fausses, la ressemblance est frappante. Je n’hésite pas une seconde et fuis…shrunken-head
Le soir, il fait moins chaud et la ville grouille. La place centrale est le lieu de rendez de tous les habitants qui discutent, achètent une glace, vendent des bonbons…
Demain matin, nous nous levons à 05h pour rallier la Colombie ( Leticia). Il y a 10 heures de “lancha” (vedette rapide) pour faire 350 km, rejoindre Santa Rosa ( Pérou), faire les formalités de douane et passer ensuite en Colombie vers 18h.

J’ai oublié de mentionner que les Piscos Sours sont délicieux, gigantesques et coûtent 80 centimes d’euros.pico-sours

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2 Comments

Filed under On the Amazon - Between Peru and Brazil

2 responses to “Quatre jours jusqu’à Iquitos

  1. Gene Hull

    Would that I could read this with anything less than puzzlement, you smarty.G.

    Date: Sun, 18 Sep 2016 18:36:56 +0000 To: genehull@msn.com

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