De Lima à Iquitos

Du 27 juillet au 30 août, ma compagne et moi avons descendu le grand fleuve, au rythme lent des cargos mixtes (cargo et passagers).  En cinq semaines, nous avons voyagé plus de 5 000 kilomètres sur l’Amazone et ses affluents.

Ce compte rendu est bilingue: le mien en français, le sien en anglais.

Dimanche 24 juillet

02h  : arrivée Hotel El Zaguan

10h il fait froid et sombre; un brouillard ( la “garua”) baigne la ville

lima

11h : visite musée Larco (art précolombien) et ses vases érotiques : les “huacos”

museo_larco-108

14 : Déjeuner au musée

Lundi 25; toujours la “garua”

11h : Visite de la Plaza Major avec Présidence de la république et à midi relève de la garde ..du grand cirque.

plaza-mayor

Visite de la Cathédrale. Tête de Pizzaro

16 H Départ en bus de la compagnie Tepsa – fouille et détection anti armes

1000 km sur la fameuse route PE – N5 qui traverse le Pérou du Sud au Nord.

Fauteuil couchette inclinable.  Impossible de dormir.

Mardi 26 : sur la PE-N5

Arrêt à 12:30 dans un petit bled sale -Repas pour 50 cts d’euros ( riz et abats de poulet…).

Arrivée à Tarapoto vers 16h après 24 h dans le car. Bien crevé car je n’ai pas réussi à dormir dans les fauteuils soi-disant très confortables.

Tarapoto:  aucun intérêt.

Nuit à l’hôtel Sujox.

Mercredi 27 juillet :

Départ à 08h dans un taxi collectif vers Yurimaguas atteint à 10h30.

Au port : le choc… C’est très sale, ça pue, ça craint … Et il fait très chaud. Des dizaines de dockers déchargent à la main, dans la boue, des semi remorques pleins de fruits, de caisses de légumes, de sacs de ciment …

yurimaguas

Le fleuve est le Rio Huallaga, affluent du Marañon, lui même affluent de l’Amazone. Il est large comme le Rhône à Avignon et il n’y a pas de quai proprement dit mais des berges en terre qui, inclinées à 45 degrés, surplombent l’eau de 5m.

Un plan incliné tout boueux sert d’embarcadaire. L’eau est sale, d’un marron brun foncé et il y a partout des détritus et des saletés.

Nous embarquons sur une sorte de barge/petit cargo mixte ( passagers et divers) : l’ “Eduardo X”  qui n’a pas d’âge et est tout rouillé.Ses dimensions sont : 70m de long – 15m de large et 2,4m de tirant d’eau ; il a un étage.

Nous louons pour 250 soles ( environ 80 dollars US) un emplacement pour 2 hamacs et une cabine surchauffée (qui nous servira principalement de casier à valises). Les 3 repas journaliers sont inclus.

La cabine ressemble à une petite cellule de prison de 2×1,2m. Il n’y a pas de fenêtre mais une lourde porte en métal ; à l’intérieur des draps propres sur deux matelas superposés d’une propreté plus que douteuse ; les cloisons en fer sont très sales, couvertes de moisissures et de graffitis et n’ont dû pas avoir de couche de peinture depuis 15 ans…camarote

Le bateau doit appareiller vers 1730…

A 13h, nous partons déjeuner en ville ( 1 jus de fruit et une assiette de fruits recouverts de lait en tube). A ce rythme là, je ne devrais pas grossir.

J’ai encore faim et soif…

En ville, sur la Plaza des Armas, il y a le défilé annuel des gardiens du patriotisme, de l’Assemblée des femmes, des pompiers,  des secouristes, des infirmières, des boueux, des étudiants.  Tous ces civils défilent (au pas de l’oie, svp)  devant une tribune où siègent trois officiers péruviens en uniforme, tous les trois ventripotents.desfileescolar.jpg

Retour à bord. On apprend que le départ aura lieu demain à 06h ( prétexte qui, plus tard, s’ avèrera vrai : le niveau de l’eau est trop bas dans le fleuve…).

Pendant toute la nuit, des Péruviens, petits, sales et maigres, vont continuer à décharger de nouveaux camions.

Je m’installe dans mon hamac et, à cause de la sensation de froid et d’humidité, rapidement rejoins la couchette de notre cabine.

Jeudi 28 juillet

A 06h, nous n’avons toujours pas appareillé. Le déchargement n’est pas fini. La plage avant du petit cargo est maintenant remplie jusqu’à 3m de hauteur et de nouveaux passagers ont embarqué pendant la nuit. Il y a maintenant 200 hamacs accrochés au plafond.

Je dois slalomer pour prendre une douche. Il y en a quatre pour les hommes.

La douche est dans un WC avec un tuyau (sans pomme de douche) au plafond. Il n’y a rien pour accrocher ses vêtements, sauf le bord du WC…

La grande surprise est qu’il n’y a pas de moustiques.

07h : Appareillage.

Le bateau voisin s’est rempli de 2 000 poules (les poules mortes sont accrochées au bastingage…). Comme sur tous les bons bateaux, notre équipage nettoie le pont après l’appareillage. Le pont avant est rempli jusqu à ras bord. Tout est recouvert de grandes bâches car, souvent et plusieurs fois par jour, il pleut à verse.

Les 5 premières minutes après l’appareillage, le commandant fait sonder le fond du fleuve avec de longues perches. Le bateau a 2,40m de tirant d’eau et il y a un petit 2,80 m de fond.

Le Río Huallaga est un affluent d’un affluent de l’Amazone. L’eau est marron sale. Les berges sont vaseuses. Le fleuve fait 150 m de large mais il y a 3 m d’eau que sur une largeur de 30 m.

A 07h30, une Péruvienne apporte le petit déjeuner aux passagers de première classe (ceux qui ont pris une cabine au pont supérieur). Surprise… C’est plutôt bon ! Un bol de “mazamorra” sorte de lait épaissi avec de la fécule de maïs, genre bouillie pour enfants ( style Bledina) avec un goût de cannelle et de gingembre et deux brioches fendues en deux et beurrées. Il n’y a plus qu à tartiner avec le miel apporté de France.

A midi et à 18h, nous avons droit à une assiette remplie de riz, de morceaux de viande, de morceaux de patates et d’une banane plantain. Pas de boisson ; pas de dessert.

A 18h30, escale technique de 30 minutes (par une nuit noire) à Lagunas pour débarquer des passagers. Il n’y a qu’une rive boueuse et quelques cabanes en bois. Une dizaine de femmes montent à bord pour vendre des provisions. J’ai acheté 3 oranges pour 20 centimes d’euros. Le bateau repart pour s’arrêter vers 20h… Il fait toujours nuit noire, sans lune et les bords du fleuve sont totalement invisibles. Le capitaine préfère s’échouer volontairement pour passer la nuit.

Quand arriverons nous à Iquitos..?

Vendredi 29 juillet :

Deuxième échouage, celui là involontaire.

Nous repartons à 07h après avoir sondé le fond du fleuve pendant une heure.

Vers 07h15, le bateau slalome entre d’énormes troncs d’arbres accrochés au fond et dont les branches sortent de l’eau de 3 à 4 mètres.

Nous sommes toujours précédés par la pirogue à moteur qui porte les matelots sondeurs.

Un quart d’heure plus tard, vers 07h30, nous nous échouons par l’arrière……

Pendant plus d’une heure le capitaine, en battant en arrière à toute puissance,  va creuser la rive avec son hélice….le bateau creuse la rive sur une longueur de 10m et sur une hauteur de 3.

Vers 08h45, le bateau se dégage enfin de la berge mais c’est pour s échouer au milieu du Río. Nous avions l’arrière échoué et l’avant au milieu du fleuve ; maintenant, c’est l’inverse : l’avant (très lourd avec toutes les caisses embarquées) est sur la berge et l’arrière est immobile au milieu du Rio Huallaga….

Pendant ce temps, j’ai fait le point sur la carte. Nous avons fait un gros quart du trajet en 24h.

A force de manœuvrer avec les moteurs, le bateau est maintenant perpendiculaire au fleuve et sa plage avant est bien montée sur la berge et vraiment bien échouée.

Ordre est donné de transférer, à la main,  3 tonnes de fruits et de légumes de l’avant sur l’arrière de l’Eduardo.

Simultanément, une équipe de 8 matelots va sur la berge (située sous l’avant du bateau) et la détruit à coup de machettes, en la piétinant et en la rendant molle avec une noria de seaux d’eau. Impressionnant d’inefficacité…

Cela va prendre 4 heures ; pendant ce temps, les moteurs sont lancés à plein régime en marche arrière…

À bord, il n’y a ni aussière, mais un seul cable en acier, ni guindeau, ni treuil… Même pas de pelles… il fait toujours aussi chaud ( environ 33 degrés) et il est impossible de marcher pieds nus sur le sol en métal.

A midi… nous sommes sauvés. La berge a été détruite et nous repartons vers Iquitos que nous devrions atteindre, si tout va bien, dimanche matin au lieu de vendredi soir….. Nous aurons donc passé quatre nuits à bord au lieu des deux prévues.

Vers 15h, c’est sous une pluie épaisse et rafraîchissante que l’Edouardo X atteint le fleuve Marañon, plus profond et où l’on ne devrait normalement pas s’échouer……

Petite escale d’une demi heure sur la berge et devant une dizaine de huttes en branchages sur pilotis. J’apprends que le hameau s’appelle Pucacuro et a été hydrographié par la marine militaire péruvienne. Ce hameau est vraiment sale, partout boueux et très pauvre.pucacuro

Entre Yurimaguas et Iquitos, nous traversons la réserve naturelle protégée de Pacaya-Samiria.

Au fur et à mesure de la descente, le fleuve s’élargit et fait maintenant environ 400m de large. Partout, de la forêt avec des arbres d’une dizaine de mètres de hauteur et des berges de terre de 4m de haut ( nous sommes en saison sèche de basses eaux).

Nous dînons vers 1745 car il fait nuit à 1830.

À chaque fois, le même plat ( riz, viande, patate et une banane plantain immangeable) ; pas d’entrée, pas de boisson, pas de dessert ( on pourrait nous servir des oranges…). Je rêve d’une bonne glace, un gros Magnum par exemple.

La météo, depuis deux jours, alterne, 4 ou 5 fois par jour, les séquences pluvieuses (et un temps gris) et le gros soleil.

La nuit, il fait froid dans le hamac ( même avec une couverture) ; nous préférons la couchette (pas très propre) de la cabine (franchement sale, elle…).

Nous venons de croiser, à 18h45, heure à laquelle on ne voit plus rien tant l’obscurité est déjà forte, une petite pirogue de 3 m de long. A son bord, un homme et une femme remontaient en silence, à la pagaie et non au moteur, la rivière plongée dans le noir le plus profond. Cette scène était vraiment irréaliste. Ils étaient au milieu de nulle part. Pas de village proche. Où allaient ils ?

Depuis trois jours, le long du Rio Huallaga, j’ai l’impression de vivre au début du 19ième siècle. Pas d’électricité, que des  cabanes sur pilotis et aux toits en paille, pas de route, que des chemins boueux, pas de confort, tout est fait à la main par une nuée de quasi esclaves… Des détritus partout. En revanche, la nature est intacte.

Pendant la nuit, le bateau va naviguer, sans radar, dans l’obscurité la plus totale. Même dans le noir, le pilote reconnaît les berges m’a t-il dit…

Dans la nuit, quatre fois, le bateau va se “beacher” sur un tas de boue qui sert de quai à un hameau.

La population attend le bateau comme le Sauveur.

À chaque fois, des sacs de 25kg de farine ou de ciment sont débarqués et une trentaine de personnes embarquent en silence (

les autres dorment) avec leurs baluchons. On dirait des réfugiés de guerre…ils vont installer leurs hamacs au milieu des 200 déjà accrochés au pont principal ce qui fait qu’il y a des hamacs partout dans tous les sens. Les 10 étrangers/touristes  accrochent, eux, leurs hamacs au premier pont plus petit, plus aéré et donc plus cher. hammocks

Au pont principal, vers 22h, il doit bien y avoir un hamac tous les trente centimètres. Tous les hamacs se touchent et pour se rendre aux toilettes, il faut slalomer entre eux mais c’est plutôt sympa et bon enfant.

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One response to “De Lima à Iquitos

  1. JBJ

    Wow! This trip sounds amazing! I’ve never been to South America, but it is on my bucket list.

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