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Entre Potosí et Uyuni

Le 6 octobre 2012
Journée splendide et personne sur la route entre Potosí et Uyuni.  N’était-ce de la route elle-même et de quelques pylônes électriques, on aurait du mal à croire que le territoire ne soit pas entièrement vierge. La montagne assume les formes les plus inusitées: ici, une  jupe à volants, un cirque, une pyramide, plus loin des cheminées, des pattes de mammouth, un brontosaure allongé, une forteresse cathare.

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Dans les vallées irriguées, la surprise de bosquets de saules et de peupliers qui arborent des verts de laitue et de milliers de llamas qui s’enfuient au grand galop quand on s’approche, agitant leurs pendants d’oreille de laine rouge.

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Mon chauffeur est bavard, souriant, cultivé, mais il cause.  Sans arrêt.  Excellent pour  mes connaissances générales, mon espagnol et …mon quechua: ces touffes dorées, paja brava.

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Les vertes qui recouvrent les flancs de montagnes d’un pelage moutonneux, thola ou akhana, les deux avec un “h” aspiré.  Un fou: thojpi avec un “h” et un “j” aspirés, en quechua (ou aymara), pas facile.
Dino, c’est son nom, a l’heureuse idée de nous mettre de la musique: folklore bolivien en sourdine, flûte de Pan en accord parfait avec le paysage.
De temps en temps, rarement, un village de boue séchée se confond avec le paysage: cabanes aux toits de paille et enclos de llamas.  Pas une âme.  Peu de différence avec les sites pré-incas.  En fait, aucune différence.
Halte.  Un troupeau de moutons traverse la route.

Arrêt à Pulacayo, village fantôme ayant vécu de belles annés de prospérité jusqu’à ce que la mine d’argent ne s’épuise et que la population de plus de 5 000 habitants ne rétrécisse jusqu’à  ce qu’il n’en reste plus qu’une centaine.  Les Canadiens (dont la gloutonnerie minière nous a valu mauvaise presse en Amérique du Sud) essaient présentement de réanimer la mine.  Un village perdu au milieu de nulle part où pourtant affluaient, jusqu’aux années 1950, ingénieurs et administrateurs, résolus à toucher le pactole coûte que coûte.  Certains amenaient même leur famille et les photos d’époque montrent des épouses à la mine passablement renfrognée.  Il y avait de quoi!  PulacayoLe gardien, Don Appolinar, qui n’a sans doute pas souvent de visiteurs nous raconte avec une intarissable éloquence son enfance à Pulacayo, son entrée à la mine  à 14 ans, les vingt ans passés dans les mines du Chili;  les caravanes de mules, puis les trains qui transportaient le minerai de Pulacayo à Antofagasta, ce train même attaqué par Butch Cassidy.  Il nous chante d’une voix ferme et d’une belle musicalité une ballade à la memoire des 24 mineurs, morts dans la chute d’un ascenseur descendant à la mine le 30 décembre 1938, la date revient dans la chanson comme un mantra. Mieux vaut qu’il chante, car j’ai vraiment du mal à comprendre son accent quand il parle.  Même chose avec le guide de La Casa Nacional de Moneda hier soir et au restaurant hier soir, une certaine sibilance qui semble être une affaire de génération?  De moustache?  De dentiers mal ajustés?
Je bavarde avec un Espagnol, sec comme une trique et ça se comprend puisqu’il a mis deux ans à descendre de Vancouver en Bolivie…en vélo!  Il ne sait trop jusqu’à quand va durer l’aventure, il se dirige vers le Brésil.  Il ne semble pas pressé de rentrer en Espagne.
La route vient à peine d’être pavée entre Potosí et Uyuni, mais on a oublié le pont du Rio Chaqueri qui devient Ollerias, pas de problème, il suffit de faire le détour par le lit desséché de la rivière.

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C’est après Uyuni que ça se gâte, la route devient une piste de sable volcanique mal définie et le jour tombe.  Selon Dino, on ne peut emprunter ces pistes qu’à haute vitesse, sinon on dérape.  Et qu’est-ce qu’on dérape!  D’une piste à l’autre, de bosses en ornières.  Au fait sommes-nous sur la bonne piste?  Vais-je rester dans le désert d’Uyuni?  Va-t-on me retrouver pétrifiée, changée en statue de sel, comme la femme de Loth? De plus, en bon Bolivien, il conduit à gauche: à gauche c’est plus joli, ça va plus vite, c’est plus lisse, plus tout jusqu’à ce qu’on rencontre un énorme camion, filant droit vers nous.  Un périlleux coup de volant nous ramène à droite pour l’éviter de justesse.  À l’ouest, le soleil que je surveille du coin de l’oeil, descend impitoyablement vers l’horizon, beaucoup trop vite à mon goût.  Dans quelques minutes, il fera nuit et les lumières du petit bled de Colchani restent invisibles.  Dino pousse de temps en temps des petits cris, d’excitation ou de panique je ne saurais dire, mais il me semble passablement tendu.road

Notre destination, un hôtel de sel posé à l’orée du désert de sel, si on y arrive.  On y arrivera bien après le coucher du soleil.  Mais Dino doit rentrer à Uyuni dans le noir et j’ai l’impression que si je le laisse repartir, on ne le retrouvera plus jamais.  Je ne vais tout de même pas partager ma chambre avec lui.  L’hôtel aurait-il un matelas, un coin, un tas de sel quelque part?  Apparemment pas!  On est complet et l’agence à Sucre refuse de lui allouer davantage pour son logement.  C’est à regret que je le vois reprendre la route.

Tout est en sel ici: murs en blocs de sel, meubles, planchers recouverts de gros sel (on se croirait à la plage), le tout joliment agrémenté de petits salons avec cheminée et vue sur le soleil se couchant sur le Salar… s’il n’était pas si tard.

Hotel Luna Salada

Hotel Luna Salada

L’hôtel est effectivement plein: un groupe de motocyclistes de La Paz s’en charge en bonne partie.  Une journaliste de la télé les accompagne afin de filmer leur périple à travers le Salar pour  Brújula, une émission de voyages.  Ce sont des motards bon-chic-bon-genre, bourgeois bien nantis qui passent aisément entre eux de l’espagnol à l’anglais le plus purement américain.
On m’avait prévenue que le Salar serait glacial, c’est certainement vrai la nuit.  Béni soit celui ou celle qui a inventé les couvertures électriques et les draps de flanellette!

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Contingences pratiques: de Sucre à Potosí

6 octobre, 2012

Et puisqu’il est question de contingences pratiques, on peut en remettre.  Je devais partir à 9 h ce matin pour Potosí, mais à 10.30, j’étais encore en train de chercher une banque qui accepterait ma carte de crédit contre de l’argent comptant.  Il ne manque pas de banques à Sucre, il y en a une à chaque coin de rue, mais pas moyen de faire des affaires.  J’en étais sérieusement rendue à songer à prendre le bus pour Potosí et à annuler ce rutilant 4×4 que je ne pouvais payer comptant.  La fille commençait à s’énerver, d’autant plus qu’une fois rendue à Potosí il me faudrait encore passer le reste de la journée à organiser mon périple jusqu’au Salar.  Je commence à me demander s’il n’y aurait pas un message caché dans tous ces obstacles…
Puis, miracle, une banque (me souviens plus laquelle) a jugé ma carte Visa satisfaisante.
Sauvée!
La route de Sucre à Potosi est semée de jacarandas sauvages que la pierraille des sommets n’empêche pas d’exploser en bouquets de fleurs lilas.  jacarandaÀ chaque détour de la route, le paysage change, comme si on changeait à chaque fois le fond de scène.  Les sommets arrondis, de couleurs pastelles succèdent aux formation torturées, blanchâtres ou anthracite, les vallées verdoient et le ciel, illuminé de rares bouffées de nuages incandescents, est d’un bleu quasi-artificiel à force d’étre bleu, un bleu qu’on dirait peint, un bleu plus bleu que celui du ciel de Grèce.


Potosí a de vagues allures de ville du Far West qui se serait payé des églises et des palais baroques, sauf que le mines d’argent ici sont toujours en opération et que j’éviterai soigneusement de suivre le conseil de ma bonne amie cette fois et d’y mettre ne serait-ce que le bout du pied.  Je me contenterai de me fier à ce que j’ai lu: longs couloirs obscurs dans lesquels il faut ramper ou marcher plié en deux, flaques mélangées de produits toxiques, air irrespirable, échelles boueuses et abruptes ne tenant qu’à un clou, froid ou chaleur intense selon la mine qu’on visite.  Merci bien, aucune envie de provoquer le destin, d’autant plus que je “paranoïe” déjà assez avec le soleil brûlant des altitudes, les voitures et autobus qui tournent les coins à l’aveugle en vous frôlant le bout des orteils et les trottoirs piégés.  À Antigua du moins, ce n’est qu’un trou et une bosse, on s’y attend et on se surveille, mais ici les trottoirs sont lisses avec la surprise intempestive d’un trou, d’une marche, d’une crotte de chien.  Je ne sais plus combien de fois j’ai failli piquer du nez ou piétiner le dépôt canin.
Depuis le campanile de la Compagnie de Jésus, la ville est superbe de toits de tuiles rousses, de clochers ouvragés et de petites places entourées de façades multicolores.  potosiLa mine: le Cerro Rico domine la ville: une colline conique, une pyramide presque égyptienne, mais faite de ce minerai d’argent qui a fait la fortune de Potosí jusqu’au 19e siècle et, dit-on, fondé le capitalisme européen et enrichi les banques du nord de l’Europe et de la France en particulier.
Curieux incident alors que j’explore la ville cet après-midi.  Je rentre dans un magasin où la marchande, une chola en chapeau de paille cette fois (Potosí favorise le chapeau de paille plutôt que le borsalino), me demande par trois fois si je parle espagnol.  Dans l’affirmative, trois fois répétée, elle ajoute qu’elle voudrait me poser une question.  Je sens l’arnaque et recule d’un pas.  Mais elle continue et me défile toute une liste de symptômes dont elle souffre: mal dans le côté, difficulté à uriner.  Je ne suis pas médecin, c’est sûr qu’elle va me demander de l’argent pour ses médicaments.  Elle continue, on lui aurait donné 14 pilules pour une infection, mais ça n’a pas aidé.  Ça fait dix ans que ça dure, à mon avis ça viendrait d’où?  Des toilettes malpropres?  Je lui répète que je ne sais vraiment pas, que je ne suis pas médecin, que je ne peux pas l’examiner et qu’elle devrait certainement consulter un vrai médecin, d’autant plus qu’il existe en Bolivie une médecine sociale.  Elle semble satisfaite de ma réponse, me sourit gentiment et me dit au revoir.  Je me demande encore ce qui pouvait lui faire croire que je pourrais lui donner un diagnostic ou un conseil.  Peut-étre avait-elle simplement besoin de parler à quelqu’un.

pigeonAu-delà de ma fenêtre, une fontaine dans le patio.  Sur la fontaine, un
pigeon qui roucoule.  Au loin, une fanfare se fait entendre.  J’aurai raté la parade.

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