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En mission dans l’Alta Verapaz

Antigua, mars 2011

Quiconque me connaît doit commencer à soupçonner qu’en dépit d’une certaine intolérance pour l’inconfort, j’ai une tendance (qui doit certes être pathologique et peut-être même un brin masochiste) à le rechercher dès que j’ai le moindre sentiment qu’un excès de bien-être commence à m’étouffer.  Quand tout devient prévisible et le moindrement routinier, je ressens le besoin irrésistible de brasser la cage et d’aller vérifier si je suis vraiment aussi pleutre que je crois l’être.         Dans un pays dont la superficie couvrirait environ un-dixième de celle du Québec, on n’est jamais loin des réalités de la pauvreté et de la maladie, de l’immense disparité entre les classes possédantes et les autres.   On ne peut s’abstraire de ces réalités, comme il est trop facile de la faire quand on vit dans un environnement privilégié : elles  vous sautent au visage.   Ici, on vit davantage au diapason du reste de l’humanité, on apprécie davantage ce qu’on possède et on a moins tendance à le prendre pour acquis quand on est confronté tous les jours à ceux qui possèdent infiniment moins.

Vivre dans une société riche vous porte à oublier qu’il n’en va pas de même ailleurs.  Les nouvelles ont beau vous colporter en direct, les récits et les images de désastres, c’est à peine si on arrive à y croire.  Bien engoncé dans son confort, son matérialisme et son déni d’une autre réalité, notre chance nous aveugle et je suis la première à plaider coupable

C’est donc pour toutes ces raisons, y compris le masochisme ci-dessus mentionné, que je me suis retrouvée à neuf heures du matin, dimanche dernier, bien tassée dans un minibus en direction de Cobán, Alta Verapaz, état limitrophe du Mexique, au nord du Guatemala.  Cherchant le trouble, juste pour voir, j’avais proposé mes services d’interprète à Partner for Surgery, un groupe de chirurgiens bénévoles, opérant plus ou moins selon le même principe  que Médecins sans frontières.
La mission devait durer une semaine.
Je me doutais bien que les activités allaient être matinales (tout ce qui se passe avant huit heures est à mes yeux intolérablement matinal), les accommodations douteuses, la bouffe immangeable et centrée sur le bon vieux combo riz-frijoles (généreusement assaisonné, à ma grande consternation de l’omniprésente coriandre), que je n’aurais pas une minute à moi et devrais faire semblant d’être sociable, moi qui ne le suis pas du tout.  Ça devrait me former le caractère, en espérant que, dans mon cas, il ne soit pas trop tard…

En rétrospective, je peux maintenant dire, que ça s’est plutôt bien passé, hormis les 3 000 km et plus, avalés en sept jours sur des routes de plus en plus étroites et de plus en plus cahoteuses, et les raideurs causées par mes nerfs sciatiques épuisés par le manque d’exercice.  Rien de pire que de rester assis si on veut s’ankyloser bien comme il faut.  J’ai dû commencer à piger dans les réserves de Tylenol et d’Ibuprofren.

Je dois avouer que les journées ont été longues et torrides et que je souhaite qu’aucun oiseau de basse-cour qu’il soit rôti, bouilli ou grillé ne se fraie un chemin jusqu’à mon assiette pour au moins…oh…un mois? Et j’admettrai aussi qu’il y a eu des compensations.

Dimanche le 27 mars
Très, très tranquille Cobán le  dimanche soir.  Je ne sais pas trop où nous sommes, mais ce n’est pas dans le quartier hot!  Mais peu importe puisque le réveil est à 5:30 demain matin et que ça ne devrait pas présenter problème puisqu’un coq et un perroquet (le coq surtout) s’égosillent juste derrière ma chambre.

Mon réveil-matin

Lundi, 28 mars – Cubilitz

Système de réveil infaillible ce coq qui chante toutes les 15 minutes à partir de 4:30, puis à 5:30 pile, les pétards!  Ça doit être l’anniversaire de quelqu’un.
Presque deux heures de route jusqu’à Cubilitz (ne vous fatiguez pas à chercher sur la carte, vous ne trouverez pas).  Le soleil tape sur la salle de classe peu ventilée qu’on nous assigne pour y installer les salles de consultation qu’on délimite de façon plus qu’artisanale avec des draps tendus sur des ficelles amarrées d’une fenêtre à l’autre, le tout consolidé au masking tape.

Des pupitres poussés les uns contre les autres serviront de tables d’examen improvisées.  On m’assigne Dr. Paul, un adorable chirurgien à la retraite, ardent grécophile (je découvrirai d’ailleurs qu’il parle  couramment la langue) et grand amateur de littérature et de voyages.

Dr. Paul dans son cabinet improvisé

Avec lui, je recevrai en une journée un cours de chirurgie générale accélérée  sur la reconstruction des fentes palatines, la réparation des becs-de-lièvre et  hernies de tous acabits ainsi que sur l’ablation de tumeurs diverses : myomes et hémangiomes, dont celle d’un bébé  affecté d’une tumeur spinale en forme de sinistre queue de lapin.

Malheureusement, nos prouesses linguistiques gréco-hispaniques ne nous aident guère en  q’eqchi’, le dialecte local, et notre interprète a beau faire preuve de bonne volonté, elle a du mal à comprendre l’espagnol et à traduire les réponses des patients qu’elle constelle de como se dice (comment dire?).  On s’en remet grandement à l’intuition et à l’expérience du bon docteur, mais la barrière du q’eqchi’ à l’espagnol à l’anglais rend la communication plus qu’ardue.

À la fin de la journée, on démonte la clinique, transporte les boîtes de matériel et de médicaments et on se retape nos deux heures de route jusqu’à Cobán.  On est tous au plumard vers les 8 :30 pour le réveil avant les aurores.
Mardi, 29 mars – Chamelco – Finca Sacayou
Le coq ne s’est pas acquitté de son devoir ce matin et j’ai presque raté le réveil.
Et on se réinstalle avec les draps et les ficelles.  Aujourd’hui c’est avec le Dr. Peter, un gynécologue d’une infinie patience, que je travaille.  Peter Ulland, une belle pièce de Norvégien athlétique mêlé de Polonais, coach de soccer et cultivateur de tomates (28 variétés) dans son Minnesota natal, confesse 62 ans mais fait plutôt la belle quarantaine.

Notre première patiente est transportée dans les bras de son fils et de son mari : cancer terminal inopérable qui pourrait être traité en radiothérapie, mais il faudrait pour ça aller s’installer à Guatemala City et ces malheureux paysans n’ont certes pas les ressources pour le faire.

Les femmes défilent les unes derrière les autres, des jeunes et des pas si jeunes; certaines jolies d’autres pas, presque toutes mères de familles nombreuses, quelques rares vierges et célibataires.  Elles sont toutes identiquement vêtues du traje : ample jupe froncée, souvent tissée de fils d’or ou d’argent,  jupon festonné et huipils de dentelle translucide sur cache-corset assorti et sandales de plastique.  Elles arborent presque toutes la longue tresse noire et le sourire (rare) agrémenté d’insertions argentées.

Nos patientes endimanchées

Prolapsus utérins, calculs biliaires, mystérieux maux de ventre et élusifs kystes ovariens défileront toute la journée.  En fait,  elles ont toutes mal au ventre et ce mal de ventre se déplace d’avant en arrière, descend parfois jusqu’aux genoux en remontant vers la nuque.  Dr. Peter remarque que les vierges jeunes et moins jeunes ont encore plus mal au ventre que les autres alors que leur échographies ne révèlent rien du tout.  Je crois deviner ce qu’il veut dire…  En fait, tout cas qui n’est pas d’ordre chirurgical est hors de notre compétence.  On ne peut que distribuer des analgésiques pour des maux qui peuvent relever de toute autre source que de l’appareil appareil génital, urinaire ou de la vésicule biliaire.   Si l’échographie reste muette, on ne peut rien faire et plusieurs repartent fort déçues.  Dieu sait de quel lointain village elles sont venues à pied ou en autobus sur des chemins quasi-impraticables.

On finira tôt aujourd’hui et j’aurai le temps d’aller faire du shopping urgent : la bretelle de l’unique soutien-gorge que j’avais pris avec moi a lâché (j’ai beau chercher dans mon sac à dos, celui de rechange manque à l’appel) et ce n’est pas l’embarras du choix qui va me troubler: on m’offre l’unique modèle « adolescente sous-développée ».  Un peu coincée là-dedans mais ça fera l’affaire!
Notre gîte ce soir : une ancienne finca de café quelque part entre San Pedro Charcá et Lanquín. Le café et la cardamome ont été abandonnés depuis des années et on se dédie maintenant au bois d’œuvre.  La maison et les bâtiments en bardeaux de bois, construits au tournant du 20e siècle par des Allemands ont de vagues allures de ferme québécoise.  Même chose pour la vaste cuisine de campagne avec son poêle à bois et sa grande table rustique : on dirait une cabane à sucre où le sirop d’érable aurait été remplacé par une sauce de chiles piquants.

L’ordre du jour, ou plutôt de la nuit : le dortoir pour tout le monde!  Les garçons d’un côté. Les filles de l’autre.

Mercredi, 30 mars – Campur

Un autre petit village au bout d’un autre chemin de terre, celui-ci s’est développé autour d’une ancienne plantation de café.  La situation s’est améliorée depuis mardi : Campur a sa clinique médicale (ce qui veut dire qu’on peut tendre les ficelles et les draps d’un support d’intraveineuse à un autre, plutôt que d’une fenêtre à l’autre) et des Peace Corps se sont aussi joints à nous et considérablement amélioré la qualité de la traduction q’eqchi’-espagnol.  On les ramasse sur la route, aux abords des villages où ils sont assignés : des jeunes dans la vingtaine, éduqués, pour la plupart trilingues et admirables de venir s’isoler pendant deux-trois ans à vivre à la dure au milieu  de nulle part pour aider les populations locales.  Fife a vingt-six ans et une Maîtrise en comptabilité fiscale.  Il en a eu marre du 5 à 7 et des gros sous à épargner pour ceux qui en ont trop et s’est joint aux Peace Corps.  Il parle  couramment le q’eqchi’ et l’espagnol et sa patience est aussi angélique que son sourire.  On l’imagine mal en pousse-crayon.

Fife et Jessica

Jessica est l’authentique California girl, une blonde sculpturale de vingt-cinq ans qui, avec un accent de Valley girl et un espagnol plus chapín que chapín (terme populaire pour désigner les Guatémaltèques), mène la mission de la proverbiale main de fer dans le gant de velours.  C’est sa dernière mission après trois ans dans les Peace Corps, elle retourne bientôt en Californie pour entreprendre des études médicales.

À Campur, c’est le même défilé de cancers intraitables, de vagues maux de ventre et de becs-de-lièvre: manque de thiamine dans les 3 premiers mois de grossesse semble-t-il.  Une trentaine de cas par jour sont tout de même référés en chirurgie.

Jeudi, 31 mars – Santa María Cahabόn
Un autre deux heure de route de 5:30 à 7:30 sur un chemin de terre cahoteux serpentant dans la forêt tropicale.  Le soleil s’est levé au-dessus des immenses vallées encore emmaillotée dans leurs couvertures de brumes.

Conversation au petit matin avec Gilberto, un des représentants locaux, originaire de Cahabόn.  Le village serait reconnu pour sa production de chile Cobán (ce délicieux piment à la saveur un peu fumée qui aide grandement à faire passer les spécialités culinaires de la région)  et pour ses brujos.  Le brujo est le sorcier, le curandero, le shaman, celui qui invoque les esprits et divinités mayas.  Il y en aurait une cinquantaine à Cahabόn, des bons et des mauvais.  Il me raconte tous les mauvais sorts dont sa famille aurait été frappée par des voisins envieux.  Il y croit dur comme fer et, apparemment, il n’est pas le seul car plusieurs patients se présenteront aujourd’hui après avoir consulté le brujo qui semble-t-il n’aurait pas été d’un grand secours.

À la cantina où on nous sert le petit déjeuner le café, curieusement, sent et goûte…le poisson.  Je me demande si une petite cuillerée de chile…

La troisième spécialité de Cahabόn doit être son sous-sol aimanté car 8 femmes sur 10 souffrent de prolapsus utérin.  De 8:30 à 5:00, une file interminables de femmes toutes pareilles et toutes affligées du même mal.  Pas d’infirmière, de petite cabine et de jaquette d’examen ici : les femmes mettent un temps fou à se désempêtrer de leurs lourdes jupes retenues par au moins trois mètres de cordon aux nœuds compliqués, à se défaire de leur huipil, sandales et sous-vêtement puis à remettre le tout en place.

Nous passons la nuit à Lanquín, dans un refuge en pleine jungle.  Toute la nuit, des gémissements, hurlements et cris stridents comme des bruits parasites d’électricité statique se font entendre : les voix de la jungle.  Alors que je me dirige vers ma chambre, un énorme tacuasín(une espèce d’opossum) me dévisage effrontément, pas intimidé pour deux sous.

Le tacuazin

Vendredi, 1er avril – Semuc Champey

Un patient dont le fils a été opéré pour un bec-de-lièvre tient à recevoir la mission en reconnaissance des soins prodigués à son fils.  Il vit dans une aldeatrès isolée au bout d’un autre périple de 45 minutes sur un chemin escarpé et caillouteux.

De Lanquín à Pecalahá

À mi-chemin, les chauffeurs songent à rebrousser chemin mais nos contacts locaux insistent : le père de l’enfant a fait des frais pour nous recevoir.  Une quinzaine de personnes semblent habiter la cabane où nous aboutissons finalement, ils semblent tous plus ou moins apparentés, beaucoup d’enfants, dont deux opérés d’un bec-de-lièvre et une jeune femme couverte de gale.  Pas évident dans ces conditions primitives de bouillir ses affaires et de se doucher tous les soirs avant de s’enduire de produit anti-parasite.  Pendant que l’on converse et prend des photos, on voit Fife s’éloigner les mains en l’air, suivi de deux hommes armés de machettes.  Serions-nous tombés dans un guet-apens?  Mais Fife nous rassure, les mains en l’air ne sont qu’un geste d’exaspération : les clés sont restées dans le véhicule et il a demandé aux deux hommes à machette de l’aider à forcer le verrou.

À 9 :15. Le brunch est servi : poulet kakik.  Monsieur Tek a tué dix poulets pour nous et les femmes l’ont fait cuire dans un bouillon aromatisé à la coriandre et teint en rouge à l’achiote.  Sans la coriandre, ça ne serait pas mauvais, mais il est  9 :15 du matin!  On nous sert une boisson chaude à base de caco et de cannelle.  Nous faisons tous notre effort et comme le veut la coutume, parce qu’il serait grossier de laisser des restes, on nous passe des feuilles de bananier assez poussiéreuses dans lesquelles emballer ce qu’on n’a pas mangé pour l’emporter avec nous.

La tradition du "xel": on prend les restes avec soi!

Nous sommes touchés par l’hospitalité de ces gens qui n’ont rien et qui, pour nous remercier, font le sacrifice extravagant de dix poulets.

Nous avons terminé la journée dans les bassins calcaires de Semuc Champey un lieu paradisiaque où on nage et trempe dans des étangs d’eau turquoise s’écoulant en cascades les uns dans les autres.

Les bassins de Semuc Champey

Je suppose que les vertus thérapeutiques du bain n’ont pas eu l’effet escompté sur les fatigues du voyage car hier après-midi un rhume carabiné s’est abattu sur moi sans crier gare.  Un instant le nez me picotait légèrement, l’instant suivant j’avais vidé une boîte de kleenex.

La prochaine mission en mai dans le Quiché.  Tout le temps qu’il faut pour me remettre.

L'équipe devant la maison de Monsieur Tek

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Être ou ne pas être expatrié

Antigua, décembre 2010

Les expatriés du Guatemala, et de partout ailleurs j’imagine, se plaisent, parfois un peu trop à mon goût à analyser en long et en large les motifs de leur condition.

En ce qui me concerne, je préférerais au terme d’expatriée celui de “rapatriée”, du moins dans le sens que je lui donne, puisque je me sens ici rapatriée et non expatriée, rapatriée dans une contrée que je n’aurais jamais dû quitter.  J’ai su que j’appartenais à cette terre, pas nécessairement à celle du Guatemala mais à toutes celles d’Amérique latine, lorsqu’il y a plus de quarante ans, je suis entrée dans Mexico City par le Paseo de la Reforma, au terme d’une équipée de cinq jours dans une petite Renault déglinguée.

Paseo de la Reforma, Mexico

Le voyage avait été tout aussi grisant qu’éreintant et je découvrais à son terme l’endroit où j’aurais dû naître.  Il m’avait semblé jusqu’alors qu’on m’avait déposée au Québec par erreur, je m’y sentais comme dans des chaussures trop petites ou trop grandes, bref mal à mon aise.  J’avais mis dix-huit ans à trouver chaussure à mon pied.

De choisir l’Amérique latine n’était pas un vote contre mon pays mais plutôt un vote pour autre chose.  J’écoute presque tous les jours les nouvelles du Québec et me réjouis de ne plus me sentir concernée.  Et pourtant, celles du Guatemala ne sont guère plus réjouissantes : violence, pauvreté, corruption, destruction et exploitation éhontée de l’environnement, avec tous les désastres écologiques qui s’ensuivent.  Il faut dire qu’à part la violence et la pauvreté, le Québec n’a pas tellement à envier au Guatemala, on fait seulement nos mauvais coups plus discrètement.  Malgré tout, la vaste majorité de la population Guatémaltèque semble indifférente au mal qu’elle s’inflige à elle-même et à son pays.  Cela m’a sauté au visage la semaine dernière alors qu’un de nos voisins était fort occupé à brûler quelque cochonnerie et à empester par le fait même tout le quartier.  Une brève conversation m’informa de la nature de l’entreprise: il se débarrassait de vieux matelas! Il semblait d’ailleurs apprécier l’odeur de son petit feu de camp.  « Vous vous rendez compte de ce que vous faites? lui demandai-je, vous savez que ces émanations sont toxiques, qu’elles empoisonnent l’air que vous et vos enfants respirez!!!  Vos enfants!!!  C’est très mauvais pour votre santé! » Je n’ai pas osé ajouter « et pour la nôtre aussi ».  Il est resté impassible.  Franchement, j’ai des conversations plus animées avec mon chien!  Je me suis couvert le nez et poursuivi ma promenade en pensant aux conséquences auxquelles devrait faire face quiconque s’aventurerait chez nous à brûler ses déchets dans la cour arrière : Un voisin inquiet, et sans doute offensé, alerterait immédiatement la police ou les pompiers, quiconque est en position d’autorité dans ce cas –parce que justement, quelqu’un aurait l’autorité.  En un rien de temps quatre beaux pompiers, extrêmement courtois – on préfère toujours les pompiers –  seraient sur le pas de sa porte l’intimant d’éteindre ce feu IMMÉDIATEMENT, tout en lui collant, tout aussi poliment, une contravention de quelques centaines de dollars qu’il lui vaudra mieux payer s’il tient à préserver sa tranquillité, sa solvabilité et sa liberté.

Et puis il y a les environs d’Antigua qui petit à petit mais encore trop rapidement se dégradent au fur et à mesure que disparaissent les plantations de café et de grand pans de campagne pour faire place à des développements résidentiels ou commerciaux d’une laideur indescriptible.

C'est pire en réalité!

Un thème récurrent parmi les expatriés (ce mot me déplaît vraiment) est la difficulté de sentir membre à part entière d’une communauté autre que celle des…expatriés!  Les Guatémaltèques en dépit de toute leur gentillesse souriante et de leur courtoisie légendaire, forment une société à l’esprit de clocher fort développé, pour ne pas dire carrément sectaire.  Une explication assez refroidissante de ce phénomène nous a été donnée récemment par une journaliste guatémaltèque selon laquelle on nous en voudrait « d’occuper » les lieux.  Jamais le concept « d’occupation » tel qu’on l’entend généralement ne m’avait effleuré l’esprit.  Bien sûr, plusieurs d’entre nous occupent des maisons abandonnées après le tremblement de terre de 1976 ou cultivent des terres laissées en jachère et si on nous regarde de travers –en souriant bien entendu – ce n’est certes pas en raison des déchets que l’on brûle, compte tenu des efforts surhumains  qu’il nous faut déployer pour se débarrasser de façon écologique des plastiques, papiers et  métaux dans un pays où la notion de recyclage est considérablement plus élastique que chez nous.  Certains d’entre nous se dédient d’ailleurs à améliorer les conditions de vie des Guatémaltèques que ce soit aux niveaux de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, du commerce équitable et du développement de micro-entreprises.

De manière paradoxale, il est fort possible que l’envers de la médaille de l’impunité et du caractère sans foi ni loi du Guatemala contribue également à son charme et au fait qu’on s’y sente libre et sans contraintes.  J’ai l’impression, chaque fois que je reviens au Québec, de me retrouver dans une société policière.  C’est justement ce que je commentais récemment à ma comptable qui n’a pas semblée amusée du tout car elle est, de son côté, loin de se réjouir de la situation.  Comme la plupart des Guatémaltèques, elle souhaiterait un peu d’ordre dans le chaos.

Mais qu’est-ce donc qui fait l’attrait du Guatemala?  Pour vivre ici, ou ailleurs, en toute quiétude et sans l’ombre d’une préoccupation, il faudrait se visser les yeux bien fermés, porter en permanence des bouchons dans les oreilles, s’enfermer dans sa caverne et éviter de respirer l’air, ce qui bien sûr n’est pas une option viable quelque que soit le pays qu’on ait choisi.  On ne devient pas expatrié – ou « rapatrié » – parce que c’est tellement mieux ailleurs mais pour des raisons mystérieuses qui font qu’on développe un sentiment d’appartenance à cet « ailleurs ».  Un sentiment qui, comme le sentiment amoureux, obéit à des lois bien au-delà de notre compréhension.  Et tout comme lorsqu’on tombe amoureux, il se peut que l’objet de notre dévolu soit aux antipodes de ce que l’on croyait vouloir, de ce dont on pensait avoir besoin.  Il suffit d’un détail, de la silhouette d’un volcan, d’un certain parfum de jasmin ou de belladone

La belladonne (brugmansia) du jardin

embaumant le jardin au crépuscule, de la texture particulière de l’air, en somme des phéromones d’un pays plutôt que ceux d’un autre qui vous attirent, vous retiennent et ne vous laissent plus partir parce que c’est là que vous voulez être et nulle part ailleurs au monde.

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Culture et jungle urbaine

Antigua, octobre 2010

On ne peut pas dire qu’à Antigua, la culture vienne à nous, il nous faut donc aller à la culture.  Pour qu’on ne se méprenne pas sur mon propos et sur le sens que je donne au mot culture dans son acception la plus vaste, j’ajouterai que nous sommes bien sûr entourés de culture : nos ruines, nos Indiens, nos tamales, nos pétards et la musique des fiestas du vendredi soir… et du samedi soir… et du dimanche soir dont on se passerait bien,  parce que les Guatémaltèques et la musique, c’est pas vraiment ça!    C’est donc à nous d’aller à la culture, ce qui implique obligatoirement une équipée, que dis-je une odyssée, vers la capitale où on ne manque de rien y compris de culture.

Prensa Libre annonçait donc la semaine dernière que le Houston Ballet allait se produire les 12 et 13 octobre à l’auditorium de l’Université Francisco Marroquín.  La belle aubaine!  Je ne parle évidement pas du prix des billets mais de la coïncidence approximative avec mon anniversaire.  Le moment idéal pour faire une brèche dans mon minimalisme et mon chauvinisme « antigüéens ».

Je me suis dit qu’après tout si on venait de St-Jérôme à Montréal pour assister au spectacle pour rentrer sagement chez soi après, rien ne nous empêchait de faire de même, puisque la distance est à peu près la même.  Mieux valait quand même partir tôt (au moins deux heures à l’avance parce qu’on ne sait jamais…).  Guatemala City n’est pas Montréal.  Et même si les locaux défendent bec et ongles la logique de  leur organisation urbaine, on n’a pas encore dépassé le stade de n’y voir qu’un inextricable fouillis ou la moindre erreur de parcours vous entraîne dans des quartiers tout droit sortis de l’enfer de Dante.  Il n’est nulle part écrit : « Vous qui entrez, perdez tout espoir », mais ce serait redondant parce qu’on n’a vraiment pas besoin d’avertissement pour savoir qu’on est dans la gadoue jusqu’aux oreilles et pas près d’en sortir.

Quand je suis venue à Guatemala City la première fois c’était en 1977 et on s’était retrouvé dans une petite ville assez tranquille qui a, depuis, à peu près triplé en superficie et en population.  J’exagère peut-être, mais à peine.

La "Roosevelt"

Depuis Antigua, on y accède par un boulevard interminable d’une laideur comparable à celle du Boulevard Taschereau en pire : la Roosevelt.  En 1977, je soupçonne que tous ces hyper-mails et hyper-grandes surfaces et hyper-cinés étaient encore du domaine de la jungle tropicale et des petits oiseaux, ¡no más!  Mais bon, tant qu’on est sur laRoosevelt ça va à peu près, du moment qu’on n’a pas besoin de tourner à gauche parce que là, ça se complique.  On ne devait pas avoir de problème, j’avais ma carte, mon itinéraire tracé et ce n’était quand même pas la première fois que les péquenots que nous sommes venaient dans la grande ville.  Sauf que cette fois, il allait falloir dévier de la Roosevelt, ce qui équivaut à dévier des sentiers balisés dans un parc de randonnée, on risque de se retrouver dans le bois et d’y rester un bon moment.  Et ici ce n’est pas des grizzlis qu’on rencontre mais l’équivalent avec un grand fusil, du moins c’est ce qu’on raconte.  Et oui, une fois de plus nous sommes tombés dans le panneau.  Un embranchement pris trop vite et voilà, c’est foutu!  On s’achemine vers les Enfers.  Le chum vocifère: il paraîtrait que c’est moi qui lui aurais dit de prendre Obelisco.  Certainement pas!  Et là il veut savoir si on doit prendre à droite, à gauche ou aller tout droit.  Que sais-je!  Il fait noir comme chez le loup ici, et pas une seule plaque pour indiquer le nom de la rue.  Le chum allume la lampe de lecture, peut-être que la carte…Éteins-moi ça, ils vont voir qu’on est des gringos et qu’on a mis nos belles fringues!  De toute façon je ne sais même pas quoi chercher.  Ce n’est pas que je sois vraiment peureuse mais le chum marmonne quelque chose au sujet d’une balle dans la tête.  Pour l’encourager, je lui dis que c’est rapide, une belle mort!  Il n’a pas l’air d’accord.  Il dit qu’il lui reste quelques tableaux à peindre.  Ah bon, je disais ça comme ça…  Faut dire que le quartier ne paye pas de mine.  On a tourné en rond un bon moment jusqu’à ce que, miracle! on aperçoive une affiche indiquant Reforma, Zona 10.  Ça c’est de bon augure, la Zona 10, c’est le chic!  Même qu’on a trouvé Reforma et que la ville reprenait un aspect à peu près rassurant.  Oui mais, à Reforma, on tourne à gauche ou à droite?  Mauvais instinct, on a tourné à gauche et c’était reparti.  C’est sûr qu’on était loin des beaux quartiers.  Mais au moins, il y avait de la lumière et quelques dépanneurs et stations services et comme le chum n’est pas du genre à être gêné de demander son chemin – après tout c’était en train de devenir une question de vie ou de mort (à son avis du moins) ou de rater le ballet – c’est ce qu’on a décidé de faire.  Évidemment il va falloir que je sorte de la voiture avec mes belles fringues, mmm…risqué ça.  Mais bon, faut ce qui faut, et ce type qui vient de rentrer au dépanneur n’a pas l’air d’une fripouille.  Ahem, pardon monsieur?  Ça s’adonne qu’il savait exactement où était l’Université Francisco Marroquín : tourne à droite, passe la caserne militaire, l’hôpital, la passerelle de l’hôpital, tourne à gauche à la Torre de Marfil et après toujours tout droit, rrrrecto, rrrrecto!  Okay!  Ce type savait ce dont il parlait.

Quelques minutes à peine avant le début du spectacle, nous somme rentrés dans « l’autre monde ».  Parce qu’il y au moins deux mondes (enfin certainement plus que deux à Guatemala City).  D’un côté, le plus sordide du sordide, le royaume des vidanges, des façades aveugles, des rues crasseuses et des soûlons qui roupillent sur le bord du trottoir quand ils ne rôdent pas, armés, au détour d’une ruelle mal éclairée ou pas éclairée du tout.  Et à trois pâtés de maisons de là : le Paradis (enfin, un paradis bien métaphorique) de parcs, de boutiques élégantes, de restaurants, d’hôtels de luxe, de salles de concerts, de musées et de galeries d’art rivalisant avec tout ce qu’on peut trouver dans les grandes capitales du monde.

Université splendide et moderne donc, incorporant musée et salle de concert et une foule élégante de gens aisés, ceux qui vivent dans de vraies maisons, envoient leurs enfants bien nourris dans des écoles privées et les emmènent au ballet.  Ceux qui grignotent à l’entracte les Pyramides d’aubergine à l’indienne ou les Lamelles de filet aux portobellos offerts au buffet, en sirotant un verre de Chardonnay ou de Merlot.  On ne peut même pas dire que quiconque ait eu l’air particulièrement « guatémaltèque » (à supposer qu’il y ait un look), en tous cas, les indigènes n’étaient pas au rendez-vous.

Je ne m’attarderai pas sur le ballet.  On aurait pu voir la même chose à Montréal.  Ce n’était peut-être pas la troupe de Liste A du Ballet de Houston mais on n’allait pas se plaindre pour quelques costumes un peu ratés, la musique enregistrée avec la bande qui accroche de temps en temps et deux ou trois danseurs chancelant dans leurs chaussons.  Dans l’ensemble c’était bien.  Le trajet en moins, on aurait pu être à la Place des Arts.  Mais contrairement à la Place des Arts, personne ne s’est levé en catastrophe à la fin du spectacle pour se lancer à brides abattues vers le stationnement.  Il faut donner ça au Guatémaltèques, ils sont polis.  Miraculeusement, et avec un peu de vigilance, on a retrouvé le chemin du retour sans incident regrettable, pas du tout comme de rentrer chez soi pépère et pratiquement les yeux fermés comme je pouvais le faire à Montréal après le spectacle.

Mais bon, la culture ici est quelque chose à conquérir.  Rien de tel, en sus du sentiment de s’être « nourri l’âme », que celui d’être descendu aux Enfers et d’en être ressorti victorieux.  Tout un accomplissement!

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Entre Prague et Antigua

Antigua, juin 2010

Je ne sais trop ce qui s’est passé.  J’ai eu – vaguement –envie  de parler de Prague (très belle sans doute) et des émotions de Terezin, et puis ça m’a passé.  Ensuite, il y a eu la pluie.  Jamais vu tant de pluie – sinon d’eau – de ma vie.  On m’a écrit pour s’enquérir des glissements de terrain, des inondations, des cratères qui se sont ouverts en plein milieu de Guatemala City, j’ai rassuré tout le monde sur la question.

Un cratère au beau milieu de la capitale

À part une mare occasionnelle dans le jardin (qui m’a donné envie, brièvement,  d’y mettre des poissons rouges); à part le martèlement incessant de la pluie sur le toit (qui m’a – tout aussi brièvement – donné envie d’aller me faire voir ailleurs : à Aruba, à Cuba, en Colombie jusqu’à ce qu’un agent de voyage, dont l’honnêteté me renverse encore, m’informe que tous ces endroits supposément ensoleillés jouissaient des mêmes systèmes de mousson estivale et qu’il pleuvait là-bas aussi); à part les moisissures dans l’air qui me font éternuer et tousser à fendre l’âme; à part tout ça on a survécu à la pluie et c’est pas fini.

Je ne me souviens plus trop du nom de la petite dernière ou du petit dernier, j’en perds la mémoire : Matthew je crois, qui nous a ruiné notre expédition d’hier à la plantation de café.  On s’est rattrapé aujourd’hui entre deux nuages, quelques aspersions et l’occasionnel rayon de soleil.  Dire qu’il ya deux ans, j’aurais pu acheter cette plantation de café pour trois fois rien et le jardinier qui vient avec!  C’est sûr que ça m’aurait rendue folle de devoir superviser tout ça (déjà que mon jardin me rend dingue par moments (Les mauvaises herbes, Benjamin!  Les bibittes!  Ce pesticide n’empoisonne-t-il pas les tomates?  Et mes rosiers, pourquoi perdent-ils leurs feuilles?  Et les fougères?  Et les chenilles qui mangent ma roquette?  Et pourquoi on n’a pas de bananes? etc.)  Le jardinier doit me trouver ben fatigante mais il sourit, me donne du Doña Andrée et fait exactement ce qu’il veut en me racontant quelque baliverne blâmant le…gel au sol (oui, oui, le gel au sol!); de mystérieux coups de vent et le chien évidemment qui a le dos large, pauvre bête!  Bref, le jardin de cette plantation de café a évoqué en moi des émotions d’envie et de jalousie peu avouables.  Je vais y emmener mon Benjamin qu’il y prenne quelques leçons.  Nous avons ramené notre sac de café sous la pluie mais c’est pas grave.   Benjamin a tout de même ses vertus avec son sourire de lutin et les  avocats, les fraises et les mûres qu’il cueille et dispose sur ma table en un dessin de fleur.

Prague, oui Prague au mois de mai était bien belle (il y pleuvait aussi incidemment).  Toujours éclairant d’aller explorer les capitales européennes et de se demander si on n’aurait pas dû s’établir là plus qu’ici (ce sont des questions légitimes après tout).

Moyens de transport remarquables, propres et ponctuels à Prague.  Des trams quasi-silencieux sillonnent la ville, à chacun son siège, paiement selon un système d’auto-surveillance et même qu’ils s’arrêtent toujours au même endroit.   Pas exactement la même chose  qu’ici où on se contente de vieux autobus scolaires peints de couleurs vives qu’on hèle pour qu’ils s’arrêtent et dont on annonce la destination à la criée : Ciudad Vieja, Ciudad Vieja, Jocotenango, San Miguel Escobar!

Le "chicken bus"

On s’y entasse à trois par banc avec les poulets, les dindons et, l’autre jour, une chèvre au regard tendre et d’une infinie patience qui se laissait traire sur place pour tout passager désireux de s’offrir pour quelques quetzals une grand verre de lait fumant, tout droit sorti du pis généreux de la brave bête.

Les trottoirs de Prague sont lisses au point d’en devenir glissants sous la pluie, mais on pourrait s’y balader en patins à roulettes sans trop risquer de s’y casser la figure, tandis que les passages cloutés aux intersections assurent aux piétons de pouvoir traverser en tout impunité.

Justin et moi déambulant sur les beaux trottoirs lisses de Prague

J’ai donc pu me promener des journées entières, le nez en l’air et sans risquer de trébucher, à admirer les complexités toutes botaniques, les sous-bois apprivoisés des façades Art Nouveau, des corniches et fenêtres en arches vénitiennes festonnées de guirlandes et bouquets noués de rubans, flanquées de parchemins enroulés et de coquillages autour desquels s’enroulent des tiges sortant de jardinières ventrues, rainurées et sillonnées comme la madeleine de Proust.    C’est un plaisir contemplatif qu’on peut rarement s’offrir ici. Ce ne sont pas les occasions qui manquent, mais il vaut mieux garder l’œil ouvert, le pied alerte et toute sa concentration pour les nids-de-poule, les couvercles de bouches d’égouts manquants, les bouts de trottoir évanescents, les encorbellements coloniaux qui risquent de vous éborgner si vous ne faites pas attention ou les poteaux de téléphone plantés en plein milieu du trottoir.  À Prague donc, n’ayant pas à me préoccuper de mes pas, j’ai pu consacrer toute mon attention à l’architecture et aux prix affichés dans les boutiques élégantes de l’avenue Parízská, qui étaient au moins trois fois ceux d’Antigua.  C’est vrai qu’ici des vitrines il n’y en a pas vraiment – c’est à l’encontre de l’esthétique coloniale – et des boutiques élégantes encore moins.  Curieusement, tous ces trottoirs trop lisses me donnent mal aux jambes, il faut croire que je me suis habituée à négocier les pavés inégaux d’Antigua en effectuant une espèce de samba ou de salsa d’un pavé à l’autre et que la marche en terrain plat ne convient plus à ma nouvelle morphologie.

Pas de vendeurs ambulants à Prague vous offrant pour deux quetzals un cornet de glace enroulé dans une serviette de papier et tendu par une main brune sortant d’une manche pas trop propre.  Dans un restaurant, où j’avais commandé un semblable rafraîchissement, on me l’a servi dans une coupe argentée ressemblant vaguement à un calice.  Quand la serveuse est venue me demander comment était ma glace, je lui ai fait remarquer qu’elle contenait un peu trop de cristaux pour mon goût.  Elle m’a regardée d’un air outragé comme si elle n’avait jamais entendu commentaire plus idiot et m’a répondu dans un léger reniflement que c’était ainsi que devait être la glace, avec des cristaux!  Et sur ce, elle a ramassé son pourboire qu’elle a fourré dans une pochette en cuir attachée à son ample derrière.

Pas tant de monde ni tant de bruit dans les rues de Prague, à part l’occasionnelle voiture glissant silencieusement sur une asphalte lisse comme un derrière de bébé.  Des couples d’âge moyen, des touristes sans doute.  Où était donc tout le monde?  Au travail?  Occupés à visiter les sites les plus courus?  Ou tout simplement chez eux, craignant de sortir dans la rue et de commettre un faux pas (au sens figuré du terme évidemment). C’est vrai qu’il y avait beaucoup de pancartes interdisant ceci ou cela.   Et pas de saletés non plus dans ces rues!  J’ai eu beau chercher où on cachait les déchets, rien à faire, je suppose que les Praguois les enterrent la nuit.  J’ai du marcher 200 mètres avant de dénicher un bout de papier tapi sous un piquet de clôture.  Intimidante cette propreté, je me suis mise à obséder sur la possibilité que quelque rebut ne s’échappe de ma poche.

J’en ai conclu que je n’aime pas les règlements, que j’abhorre les restrictions abusives, me sens perdue dans les rues par trop désertes, inconfortable avec l’excès de propreté.  L’erreur après tout est humaine et tous ces faux paradis entretenus à force de discipline gênante imposée par des autorités intimidantes ne me semblent pas laisser beaucoup d’espace à la possibilité d’erreur.  Je me suis mise à ressentir une nostalgie pour le mendiant par-ci par-là, pour juste un peu de saleté pour l’atmosphère, pour le marché bondé d’Indiens et les rues qu’on traverse où ça nous plaît, quand ça nous plaît, pour les sourires qu’on ne réserve pas pour le Happy Hour mais qui ont droit de cité partout et à toute heure.

Antigua m’a manqué, je m’y sens libre et sans inhibitions, je m’y sens plus humaine.  Antigua, en plus, enseigne la vigilance.  J’ai donc décidé d’y rester et au diable la pluie!


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Parenthèse salvadorienne

El Salvador, Avril 2010

Nous aussi on a le printemps, il est arrivé et il est violet : violet des jacarandas et des tuniques de pénitents de la Semaine sainte qui fleurissent un peu partout sur les cordes à linge en prévision des processions.

Les jacarandas autour du Parque Central d'Antigua

Il n’y a que mon jacaranda qui s’obstine à ne pas fleurir, l’air tout bête avec son feuillage maigrelet en queues de carottes : trop jeune me dit-on.  Le printemps, on l’a aussi croisé sur la route menant vers El Salvador, le long de laquelle les arbres, ployés par les vents du Pacifique, s’inclinent vers la route en demi-arceaux tout en feuillage vert tendre à peine sorti de son emballage et en éclosion de pétales roses (ni pommiers, ni cerisiers mais ressemblants).

On se dirigeait vers la plage et le petit port de pêche de Los Cobanos, sur la côte salvadorienne, à quelques kilomètres de la frontière guatémaltèque.  On s’était dit que le lundi serait tranquille.  Pas besoin de s’embarrasser de réservations.  Mais il fallait d’abord s’y retrouver : on est passé tout droit à Escuintla.  Demander son chemin?  Pas la peine, tout le monde veut t’aider mais personne ne sait et il serait impardonnable de l’admettre.  Quant aux panneaux de signalisation…  pour quoi faire?

Le Salvador était effectivement tranquille, extrêmement tranquille.  Et la plage de Los Cobanos si tranquille en fait qu’on aurait pu penser qu’elle était fermée : une petite vieille toute rabougrie vient nous ouvrir une première barrière attachée avec un gros cadenas, puis une seconde avec un judas au milieu qui permet de pousser un cri (c’est ce qu’on m’a recommandé de faire) en frappant aussi fort que possible.  Un homme vient nous ouvrir en traînant les pieds.  Pas un chat ici!  On est tous seuls!  Et lundi est jour de relâche, donc le restaurant est fermé et aussi tous les autres restaurants de la plage.   Il fait une chaleur d’enfer et on nous suggère d’aller voir quelque part par là si on ne trouverait pas quelque chose à manger.  Dans le noir, une petite tienda (dépanneur) est éclairée et, comme toute tienda qui se respecte, ne vend que des trucs en sachets, des croustilles, du coca et des bonbons.  Une dame sympa nous offre bien de nous faire bouillir de l’eau chez elle pour une soupe en sachet, mais on a préféré décliner l’offre et nous contenter de chips de yucca et de Heinekens sur notre balcon drapé de palmes qui filtrent la lumière da pleine lune sur le Pacifique, tandis qu’un chien du voisinage émet les vocalisess de circonstance.

Le lendemain, direction plages de El Tunco et El Sunzal, mecques salvadoriennes des surfeurs.  Pas très inspirants ces hôtels de surf qui ont des allures de « cour à scrap » rescapées des années soixante, avec hippies en bonus!  On s’est consolé du souper de la veille avec des langoustes à la noix de coco et aux noix d’acajou au très chic, très zen et très vide Tekuanikal (le « Telecomunical » comme nous l’indique un passant à qui on demande notre chemin).  La plage est interminable et nous nous promettons une longue promenade pour faire descendre la langouste mais la marée a monté et de plage il n’y a plus!  Il faudra se contenter du hamac.  La vie est dure…

Peu impressionnés par la plage, on a opté pour la montagne et la « célèbre » Route des fleurs (Ruta de las flores) et ses mignons petits villages Sansonate, Ahuachapan, Concepción de Ataco, Juayua.   Ce sont eux les fleurs, j’imagine, puisqu’il n’y a pas vraiment plus de fleurs ici que n’importe où ailleurs en Amérique Centrale où il y en a partout.  Toujours pas de touristes, sauf bien sûr des… Québécois!  Parce que des Québécois aussi il y en a partout, et jusque dans les coins les plus reculés.  Là où on est presque sûr de ne rencontrer personne, il y a toujours quelques uns qui traînent par là et qui n’ont pas l’air vraiment content de nous voir.  On se vole réciproquement l’exotisme je suppose.

Ataco ou plutôt Concepción de Ataco (le nom semble moins menaçant qu’Ataco tout court ) est sans doute le plus joli des villages vec ses murales naïves aux couleurs psychédéliques illustrant des bêtes fantastiques et des chats aux pupilles dilatées de trop de champignons hallucinogènes …On s’y est trouvé une cabane au Canada, un  petit chalet de rondins avec cheminée et meubles de branchages entrelacés au milieu des gardénias, orchidées, bégonias, fuchsias et des plantations de café admirables de symétrie, dont les buissons taillés en topiaires s’échelonnent à flanc de montagne en un quadrillage quasi-mathématique.  Le consortium des planteurs de café semble mener la production de café comme on fait des équations.  On les observe au restaurant où on déjeune : clones les uns des autres, même démarche chaloupée, même casquettes de baseball, même chemise polo, même pick-up.  Ces gars-là ne plaisantent pas.   Ce n’est pas exactement la façon dont on s’y prend au Guatemala où tout est davantage, disons… improvisé, pour ne pas dire planté à-la-n’importe-comment, avec basura (déchets) à l’avenant.

Hamac et cris d’oiseau.  Ici tout ferme à 7 :00; on se couche à l’heure des poules (où est l’influence espagnole?) et on se lève avec les canards au bec rose-orangé et bleu.  Leurs  caquètements,  qu’on dirait portés comme par un haut-parleur, rappellent  les sermons des  évangélistes dont le message amplifié résonne dans les allées du marché ou dans les faubourgs d’Antigua.

On au Salvador pour les canards, les langoustes, les chiens hurlant à la lune, les vertus de se coucher tôt, les sentiers de montagne bien manucurés et les Québécois de Juayua bien sûr.

C’était ma petite parenthèse salvadorienne.

 

 

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Climbing the Agua

Antigua, April 2010

After thinking it over thoroughly, after interminable dithering, questioning and assessing the pros (there are many) and cons (there are even more), I have taken the firm and irrevocable decision not to become a mountain guide in Guatemala, or elsewhere for that matter.  Still, I cannot say that I had not been giving it serious thought.  The image of myself  wielding an ice pick, shod with mountain boots and leading troops of beatific tourists towards the region’s highest summits really stirred my imagination.  I even cultivated dreams of climbing all the way to the top of the Fuego and the Pacaya and to bivouac on the crater’s edge, defying lava flows and unexpected eruptions; of conquering unscathed the ill-reputed and ill-frequented AcatenangoBut I had to start somewhere and we chose the Agua, the greenest and least threatening of the three.  After all, its crater was once filled with water, rather than boiling magma and water somehow seems more reassuring than fire, well…perhaps not.  Anyhow, there is no more water in that crater since it poured itself down, along with a few rocky debris, upon the old capital of Ciudad Vieja in 1541.  The volcano seems to have retired since but, according to the experts, you shouldn’t be too sure. 

I would like to pretend that I alone had the courageous idea of that expedition up the 3,760 m. (12 333 ft.) of the Agua but it was my friend Catherine, the intrepid athlete who rows on her terrace facing the Fuego and swallows kilometers on her bike, who started it all.  “Monday, we are going to climb the Agua, we’re leaving at 6 am and Canche (her gardener and my gardener’s son) will be our guide, he’s already done it three times and he knows the way.  We’ll be ten, including the dogs.”  No problem!

And that’s how we found ourselves at dawn “on a sandy, uphill road, which naked in the sunshine glowed”.  Uphill, of course was to be expected.  What diverged somewhat from the Lafontaine fable’s setting were the narrow stony gorges in which the proportion of stones to horse droppings was at least mitad-mitad.

It was all fine at the beginning: the village of Santa María de Jesùs in the rising sun, the fields of snow-peas, the wild begonias along the path, the passion-flower bushes and the peasants leading their horses to the fields.  My rascal of a dog managed to get himself kicked in the shin for making faces at one of those noble beasts who didn’t take it well; he got his fair due for that one, whimpered, held its paw at half-mast for five or six seconds and we were back on our way.  I don’t think he’ll try that again.

I was the one who was not faring so well.  I felt like… as if… my arms were sore.  Of course, getting up at 5 am is not my idea of a good start.  But the more we ascended, the more my arms were bothering me, and perhaps did I also feel, maybe a pain in my chest?  Hypochondria was showing its ugly head somewhere on the horizon, still invisible behind the tall pines of the summit.  I must say that, lately, my sister-in-law has been sending me alarming emails going in great details over the symptoms of heart attacks in women and what to do in case of a stroke.  I read it all distractedly but I guess it did have its effect on me.  Of course it could be my back pack, let’s get rid of that one.  Phew, that feels better!  But that pressure in my chest?  Enough of that, I shall climb that volcano all the way up to the crater and that’s that!  I’m not quite sure at what altitude oxygen gets scarcer but it seemed to me that I was beginning to stumble, energy fading fast.  And to get back to that old Lafontaine, I must say that at that point his “six lusty horses” to draw me were exactly what I needed, and maybe the stinging fly too, although I must say that as a ‘fly’ my companion was doing an excellent job.  As I was dragging my feet behind everybody else, he was waiting for me, egging me on: “Come on, ten steps and we stop for ten seconds. » « No, only three and I sit down! », « Don’t do that, you’ll just get yourself stiff, would you like to go back?”  “No way! » This was getting humiliating, everybody was ahead of us except for him and Canche who was doing his duty (he was the guide after all) lurking behind rocks with his big Cheshire cat smile.  And there was the dog too, who periodically ran down to check if I was still there.  I really wanted to get rid of my two supporters: they should let me climb at my own rhythm and leave me alone with my dog.  And if I must have a heart attack on this mountain, well so be it!  I really would have preferred if they’d let me die quietly on the mountain, as the Japanese do.  But nothing doing!  Along with the oxygen, the vegetation also becomes scarcer: among dense clumps of tussock grasses, a few pine trees extend out compact bouquets of vigorous needles, while others stretch toward the sky one naked, calcinated arm.  The silence is total, except for the occasional buzzing of an insect (except for my flies of course).  We are now above the clouds and we might as well be looking down upon Santa María de Jesùs from an airplane.

Along with my three nagging flies, I made it to the edge of the crater 45 minutes after the others.  Poetical justice made me recuperate in no time and it’s at top speed that I came down the mountain (to be fair, I must say that it was pretty slippery), while those who had launched the most aggressive attack on the volcano were now beginning to drag behind: sore feet, sore knees, migraine, no more water.  Even the dogs were considerably less frisky, which shows that there are advantages to economize one’s energies.  The entire expedition lasted from 7:30 in the morning till 6:15 in the afternoon for a total of 10 hours and 45 minutes, counting the stops.  A bunch of slowpokes we were.  When we did refill our water bottles in Santa María de Jesùs, we realized that the dogs knew perfectly well what a plastic water bottle was and wanted them just as much as we did.  Not very ecological but sometimes you don’t have a choice.

We walked home with very measured little steps.  Frankly, we might have been able to use a walker.  The next day, we were still moving at reduced speed.  As for the dog, we still can’t quite make him out from the carpets.

Lesson learned : I’d much rather frequent the Antigua Venetian Ball than conquer volcanoes.

At the Antigua's Venetian Ball

Less tiring, you don’t get so dirty, it doesn’t last so long and in the end, I think I look better at the end of it.

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L’escalade de l’Agua

Antigua, avril 2010

Après mûre réflexion, interminables tergiversations, interrogations et évaluation des « pours » (nombreux) et des « contres » (encore plus nombreux), j’ai pris la ferme décision, pour ne pas dire la décision irrévocable, de ne pas devenir guide de montagne au Guatemala ou ailleurs.  Ça faisait pourtant un moment que je m’imaginais, piolet au poing et brodequins aux pieds, menant des groupes de touristes béats vers les plus hauts sommets de la région.  Des velléités de grimper jusqu’en haut du Fuego et du Pacaya et de bivouaquer la nuit sur les bords du cratère, bravant les coulées de lave et les éruptions imprévues; de conquérir indemne le faîte du redoutable Acatenango (célèbre pour ses ladrones y asesinos!).  Mais, il fallait bien commencer quelque part et on a choisi l’Agua, le plus verdoyant, le moins menaçant des trois.  Après tout, son cratère était autrefois rempli d’eau et non de magma en ébullition, et l’eau c’est quand même plus rassurant que le feu, enfin… d’autant plus qu’il n’y en a plus dans le cratère, depuis que celle-ci s’est déversée avec quelques débris rocheux sur l’ancienne capitale de Ciudad Vieja en 1541.  Le volcan semble avoir pris sa retraite depuis, mais les experts prétendent qu’il ne faut pas s’y fier. 

Je voudrais pouvoir prétendre que la courageuse idée de cette grimpette à 3,760 m. (12 333 pi.) d’altitude me revient mais c’est mon amie Catherine, l’athlète intrépide qui rame sur sa terrasse face au Fuego et avale les kilomètres à vélo, qui a parti le bal.  « Lundi, on grimpe l’Agua; on part à six heures et Canche (son jardinier et le fils du mien) va nous guider, il l’a déjà fait trois fois et connaît le chemin.  On sera dix avec les chiens! Pas de problème! »

Et c’est ainsi que nous nous sommes engagés aux aurores « dans un chemin montant, sablonneux, malaisé et de tous les côtés au soleil exposé ».  Évidemment « montant » il fallait s’y attendre, pour ce qui est des défilés rocailleux parsemés de crottin (mitad-mitad) Lafontaine n’avait pas songé à ce détail.

C’était bien beau au départ : le village de Santa María de Jesús à l’aube, les champs de pois mange-tout (ben oui, des pois-mange tout qui se retrouveront peut-être dans le supermarché le plus près de chez vous d’ici quelques semaines!), les bégonias sauvages bordant le sentier, les buissons de passiflores producteurs de fruits de la passion et les paysans qui vont aux champs. Mon fripon de chien a évidemment réussi à recevoir un coup de sabot après être allé faire des grimaces à l’une de ces nobles bêtes; il en a pris pour son rhume, mais s’en est tiré avec la patte en berne pendant cinq ou six secondes, quelques gémissements et on est reparti.  Je crois qu’on ne l’y reprendra plus.

Ce qui allait moins bien, c’était moi!  On aurait dit…que j’avais mal aux bras…  Il faut dire que de se lever à cinq heures ça part mal la journée.  Et plus on montait, plus j’avais mal aux bras et peut-être même une douleur dans la poitrine… l’hypochondrie pointait à l’horizon, ce dernier encore caché par les grands pins des hauts sommets.  Il faut dire que, depuis quelque temps, ma belle-sœur Arlene m’envoie plein de courriels de conseils dans le genre « quels-sont-les-symptômes de la  crise cardiaque chez les femmes »; « que faire en cas d’AVC ».  Je lis tout ça en diagonale mais faut croire que ça marque.  Mais plus on monte, plus j’ai mal aux bras.   Et si c’était mon sac à dos, et qu’on se débarrasse du sac à dos.  Ouf, ça va beaucoup mieux!  Mais cette pression dans la poitrine.  Bon, ça suffit, on va l’escalader ce volcan et jusqu’au cratère, là!  Je ne sais plus trop à quelle altitude l’oxygène commence à se raréfier mais je me suis mise à tituber, plus d’énergie du tout.  Pour en revenir à Lafontaine, il faut dire qu’au point où j’en étais « six forts chevaux »  pour me traîner n’auraient pas été de trop et la mouche du coche avec, quoiqu’Isa se soit très bien acquitté de ce dernier rôle. Pendant que je traînais derrière, il m’attendait : « Allez dix pas et on s’arrête dix secondes! »,  « Non, pas dix, trois et je m’assois! »,  « Mais non, fais pas ça tu vas t’ankyloser, tu veux retourner? », « Pas question! ».  C’était humiliant en fin de compte, tout le monde avait pris les devants sauf Isa et Canche (devoir oblige, c’était lui le guide après tout) qui nous attendait toujours au détour d’un rocher avec son grand sourire, ses petits yeux en amande et son air de chat.  Et le chien évidemment qui revenait périodiquement vérifier si j’étais toujours là.  Je voulais vraiment me débarrasser de mes deux supporteurs : qu’ils me laissent monter à mon rythme et me laissent avec le chien et si je dois faire une crise cardiaque dans la montagne, et bien soit.  J’aurais préféré qu’on me laisse mourir tranquillement dans la montagne comme le font les Japonais.  Mais rien à faire.  Avec l’oxygène, la végétation elle aussi se raréfie : quelques pins aux bouquets  d’aiguilles vigoureuses en côtoient d’autres qui élancent  vers le ciel un bras calciné et partout des touffes d’herbes alpestres et un silence total sauf le vrombissement de quelque insecte (non, pas des mouches!); nous sommes maintenant au-dessus des nuages et Santa María de Jesùs nous apparaît comme du haut d’un avion.

Le Fuego et L'Acatenango vus du sommet de l'Agua

Je suis arrivée au bord du cratère 45 minutes après les autres, sans compter les trois mouches du coche (Isa, Canche et Güner le Magnifique)!  Poésie des circonstances, j’ai récupéré en un rien de temps et dévalé la montagne en quatrième vitesse (il faut dire que c’était pas mal glissant), pendant que ceux qui avaient pris le volcan d’assaut commençaient à tirer de la patte : mal aux pieds, aux genoux, migraine, plus d’eau.  Les chiens eux-mêmes étaient considérablement moins fringants.   Comme quoi il est souhaitable d’économiser ses énergies.  L’expédition aura duré de 7 :30 à 18 :15, soit 10 heures 45 minutes, en comptant les arrêts.  Quand nous avons refait le plein d’eau à Santa María de Jesùs, on s’est rendu compte que les chiens savaient très bien ce qu’est une bouteille d’eau en plastique.  Pas très écolo, mais parfois on n’a pas le choix.

On est rentré à la maison à tout petits pas, je pense qu’on aurait pu utiliser une marchette et aujourd’hui encore on ne bouge qu’au ralenti.  Quand au chien, il se confond depuis hier avec les carpettes.

Leçon apprise : je préfère de beaucoup fréquenter le bal masqué annuel d’Antigua (thème vénitien cette année) que de conquérir les volcans.  Moins fatigant, moins salissant, ça dure moins longtemps et dans l’ensemble, je m’y trouve meilleure mine.  

 

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